Un réflexe républicain. C’est ainsi que l’on peut qualifier la mobilisation tardive mais conjointe des présidents du Parti libéral-radical, Fulvio Pelli, et du PDC, Christophe Darbellay, dans la campagne précédant les votations du 28 novembre. Un réflexe républicain, car les deux leaders du centre droit ont condamné, devant la presse vendredi, l’attitude de leurs deux partenaires gouvernementaux, l’UDC et le Parti socialiste. «Le succès de la Suisse est basé sur la stabilité politique et la recherche du consensus. Nos deux partis assument ce rôle, mais d’autres boycottent les solutions du parlement et du gouvernement et préfèrent lancer leurs propres initiatives dans le but de faire de la propagande. Cela pervertit le système», s’emporte Christophe Darbellay. «Les deux initiatives identifient des ennemis politiquement faibles, les étrangers et les riches, ne concernent que des cas exceptionnels et constituent des moyens de propagande avant tout», renchérit Fulvio Pelli.

L’entrée en scène des présidents des deux partis du centre droit, à quinze jours du verdict populaire, traduit la nervosité de la campagne. L’initiative de l’UDC contre les criminels étrangers semble plus porteuse que le contre-projet défendu par le centre droit. Et l’initiative du PS sur l’équité fiscale semble toujours séduire une majorité de la population. C’est ce que disait le premier sondage publié le 22 octobre. La prochaine et dernière enquête d’opinion sera diffusée mercredi prochain.

Mais une prise de température non officielle effectuée par economiesuisse semble montrer qu’une majorité de la population continue de soutenir cette initiative, qui, il convient de le souligner, exige la double majorité du peuple et des cantons. Or, rappelle Fulvio Pelli, les impôts devraient augmenter pour les contribuables aisés dans seize cantons et quelque 900 communes. Le président du PLR rappelle d’ailleurs que les cantons pourraient être incités à modifier leur courbe fiscale afin d’éviter un effet de seuil important pour les revenus imposables supérieurs à 250 000 francs, pour qui l’initiative exige un taux d’imposition marginal - c’est-à-dire sur les tranches de revenu dépassant ce seuil - de 22%. Mais la décision de modifier les impôts des autres contribuables appartient aux cantons eux-mêmes.

S’agissant de l’initiative de l’UDC, Christophe Darbellay rappelle qu’elle établit une liste de crimes débouchant sur l’expulsion automatique et que cette liste ne comprend pas par exemple les lésions corporelles graves ou les délits de criminalité économique. L’UDC veut laisser le parlement compléter la liste, mais le président du PDC la juge «vague» et privilégie le contre-projet, à ses yeux plus précis.

L’entrée en scène de Christophe Darbellay et de Fulvio Pelli s’accompagne d’une campagne d’annonces visuelles ciblée sur les journaux. Ces annonces pointent du doigt les défauts de l’initiative et mettent en avant les avantages du contre-projet, qui devrait ainsi gagner en visibilité. L’appel lancé par les deux partis après le sondage du 22 octobre a permis de récolter quelques fonds: «Un don anonyme important et de nombreux dons modestes pour environ 10 000 francs», détaille Christophe Darbellay. On saura le 28 novembre si cette mobilisation tardive aura permis au contre-projet de combler son retard sur l’initiative de l’UDC.