«Nous n'aurons pas l'air malins, la semaine prochaine si, après un refus de Doris Leuthard, Bruno Frick renonce à son tour», constatait vendredi dernier un élu démocrate-chrétien. Il ne croyait pas si bien dire. Le PDC s'est retrouvé lundi dans une situation identique à celle des radicaux à fin 2002, après l'éviction de Gerold Bührer, lorsque les candidats pressentis se dérobaient les uns après les autres. Personne n'est candidat à la présidence du parti. Chez les radicaux, Christiane Langenberger s'était dévouée après que tous les hommes pressentis eurent, les uns après les autres, déclaré forfait. Au PDC, un groupe de travail ad hoc est au travail pour faire naître des vocations. Le temps presse, le parti devrait régler la succession de Philipp Stähelin le 7 février.

La journée de lundi, à Berne, a été un dur rappel à la réalité non seulement pour le PDC mais encore, dans une moindre mesure, pour le PS. Si le premier n'a plus du tout de candidat, le second n'en a plus qu'un. En même temps que Doris Leuthard et Bruno Frick déclinaient l'un et l'autre une candidature à l'inconfortable présidence du PDC, le socialiste André Daguet (BE) renonçait lui aussi. Au PS, Hans-Jürg Fehr se retrouve pour l'instant seul en lice pour assurer la succession de Christiane Brunner.

Les démocrates-chrétiens ont tendance à s'en remettre à la providence pour les tirer d'affaire. Incapables de choisir entre Ruth Metzler et Joseph Deiss, ils attendaient en décembre une sorte de miracle qui leur permette de conserver leurs deux sièges au Conseil fédéral. En ce début d'année, ils avaient placé tous leurs espoirs en Doris Leuthard. Inspirée par la chaleur des tropiques, éloignée de la polémique agitant les femmes de son parti, la jeune Argovienne allait rentrer de ses vacances aux Maldives, accepter d'être candidate et, d'un coup de baguette magique, donner un élan de jeunesse et de dynamisme à un parti traumatisé par la défaite. Elle a cependant décliné «après mûre réflexion», l'invitation, en arguant d'incompatibilités avec ses activités professionnelles. Le conseiller aux Etats Bruno Frick, que la droite du parti aurait vu d'un œil favorable accéder à la présidence, a lui aussi renoncé, en invoquant les mêmes raisons que Doris Leuthard. Cette dernière a également expliqué qu'elle tenait à continuer à se spécialiser dans certains dossiers, ce qui est incompatible avec la présidence, pour des questions de temps et d'engagement et parce que les présidents de parti renoncent à siéger en commissions.

Au PS, André Daguet invoque, après avoir affiché un vif intérêt pour la présidence du parti, des raisons assez semblables pour décliner une candidature. Vice-président de la FTMH, il entend se consacrer entièrement au grand projet de fusion syndicale en cours, et cette tâche se révèle incompatible avec d'autres engagements. Son renoncement n'est pas dramatique pour son parti, mais il sera plutôt inconfortable pour Hans-Jürg Fehr d'être seul candidat. Pour le PS, qui choisira son nouveau président le 6 mars à Bâle, une candidature unique crée un moindre dynamisme que ne le ferait une compétition bien orchestrée.

On peut certes comprendre que la présidence d'un parti aussi mal en point que le PDC n'éveille que de faibles convoitises. Mais les malheurs des démocrates-chrétiens, qui répètent à l'identique ceux des radicaux voici un peu plus d'une année, illustrent bien la nature d'un problème récurrent pour les partis. La présidence d'un parti gouvernemental exige un profil à ce point particulier que les candidats qui y répondent ne courent pas les rues.

C'est d'abord une forme de sacerdoce qui exige un très grand engagement, fort mal rémunéré et difficilement compatible avec l'exercice d'une activité professionnelle complète. L'élection à la présidence nécessite par ailleurs d'abdiquer d'autres ambitions. Ce n'est pas un tremplin, c'est même une position tout à fait contre-indiquée pour qui veut briguer un siège au Conseil fédéral. Il faut avoir le goût de l'action en coulisses, savoir apaiser les conflits et panser les susceptibilités sans toujours apparaître au premier rang. Il y a beaucoup de coups à prendre, en provenance de ses propres rangs d'abord, depuis qu'une certaine polarisation divise les partis eux-mêmes. La présidence ne devient vraiment gratifiante que dans la durée. Ueli Maurer, qui dirige assez souverainement l'UDC, a eu des débuts difficiles, il y a dix ans, où il passait pour une marionnette de Christoph Blocher. Le radical Franz Steinegger, de même, n'a acquis qu'avec le temps sa stature de père de la nation incontournable. Aucun des derniers présidents du PDC, voire du PS depuis l'époque de Peter Bodenmann, n'a assez duré pour laisser sa marque sur son parti.