Genève

Le PDC rivalise avec la gauche sur l’aide sociale

Le parti de la famille présente deux projets aux accents de gauche, vertement critiqués par le conseiller d’Etat Mauro Poggia. A la veille des élections cantonales, chacun rivalise d’imagination sur le terrain de l’assistance

«L’Etat ne joue pas son rôle d’assistance auprès des plus démunis. Il faut prendre les gens par la main pour les guider vers les aides auxquelles ils ont droit.» Revoici l’antienne de la gauche? Pas du tout. Cette fois, c’est le PDC qui entonne ce refrain. A l’approche des élections cantonales, la politique sociale genevoise est considérée comme un bon produit d’appel.

Le PDC a donc concocté un projet de loi et une motion, qu’il a présentés au Temps avant de les déposer. L’occasion, aussi, de morigéner le conseiller d’Etat Mauro Poggia sur son bilan: «Les mesurettes censées réparer le système sont dépassées», estime Jean-Luc Forni, chef de groupe. Il fait feu sur la volonté du ministre d’avoir voulu supprimer, ici ou là, un des subsides d’assurance maladie ou un supplément d’intégration. Et il qualifie d’échec la réforme de l’aide sociale.

Un concours pour la création de microentreprises

Face à la paupérisation croissante, le PDC articule une recette en deux temps. Un projet de loi sur les prestations complémentaires établirait un organe d’information pour orienter les ayants droit dans leurs multiples démarches. Véritable béquille, ce pôle attribuerait à chaque bénéficiaire un référent social et un référent administratif chargés de l’accompagner dans les méandres bureaucratiques. Le projet prévoit aussi un accès plus rapide aux prestations complémentaires familiales (au bout de trois ans de résidence à Genève au lieu de cinq), ainsi que le remboursement des frais de garde, y compris quand il s’agit de parents proches.

La seconde proposition du PDC est un projet pilote. Il ouvrirait un concours pour la création de microentreprises, à l’adresse de chômeurs en fin de droit ou de bénéficiaires de l’aide sociale. Les dix projets retenus seraient financés et suivis par des entrepreneurs et leurs créateurs obtiendraient pendant deux à trois ans un revenu de base. Un mot que ne craint plus le président du PDC, Bertrand Buchs, qui, de sceptique, est devenu favorable au revenu de base inconditionnel.

Il promet d’ailleurs de relancer cette idée, pourtant refusée par le peuple suisse, durant la prochaine législature. «Notre projet de microentreprises vise à réhabiliter humainement les gens. Au Brésil, ça marche bien.» Mais il ne voit aucun paradoxe dans le fait de prêter des qualités entrepreneuriales à des gens que son parti estime par ailleurs devoir soutenir dans leurs démarches.

Une politique sparadrap

Mauro Poggia, en revanche, si: «Faire croire que la solution au chômage réside dans le départ vers des activités indépendantes est non seulement faux mais aussi irresponsable.» Même colère contre le projet de loi du PDC: «Le Conseil d’Etat a adopté un plan d’actions, parmi lesquelles la lisibilité des prestations. De là à mettre en place des «coaches» pour baliser le chemin vers l’aide sociale, et à élargir l’accès aux prestations, il y a un pas que les finances publiques ne permettent pas de faire, à supposer que cela soit souhaitable.» De fait, le PDC n’a pas chiffré ses projets.

Reste qu’une législature n’aura pas suffi au ministre pour réformer l’aide sociale. Ce qui permet aux imaginations de rivaliser d’initiatives dont on doute qu’elles aient un effet cardinal. Mauro Poggia n’échappe pas à la règle, qui a déposé un projet de loi proposant une allocation cantonale complémentaire ainsi qu’une rente pont pour les chômeurs en fin de droit de plus de 50 ans, «une politique sparadrap qui montre la faillite des mesures de réinsertion», selon Jean-Luc Forni.

«Il est singulier que ceux qui se sont opposés à ce que l’on touche quoi que ce soit à l’aide sociale émettent aujourd’hui le reproche de ne pas avoir tout changé, ironise Mauro Poggia. Puisque ces projets ont manifestement une visée électoraliste, permettez-moi de relever que le millefeuille social actuel est le résultat d’un tricotage historique issu des partis politiques traditionnels.» Et bien malin qui démêlera l’écheveau.

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