«Notre volonté est entière. Notre responsabilité est de nous affirmer», a lancé Christophe Darbellay à l’intention des délégués du PDC réunis samedi à Delémont. Le président du parti l’a clamé haut et fort, le PDC compte bien conquérir un deuxième siège au Conseil fédéral, le 16 septembre prochain.

Néanmoins, une fois passé le cap des revendications, la prudence a été de mise tout au long de l’assemblée, dont le thème était la santé. Tant les orateurs que les participants se sont bien gardés d’aborder la sensible question de l’élection. A l’image de la conseillère fédérale Doris Leuthard, qui s’est contentée de parler du troisième plan conjoncturel.

Urs Schwaller et les yodleurs

Cette retenue peut s’expliquer pour plusieurs raisons. Tout d’abord, par le fait que les principales figures dans la course à la succession de Pascal Couchepin n’avaient pas fait le déplacement dans le Jura. Urs Schwaller, comme Isabelle Chassot, ont brillé par leur absence. Cela a certainement contribué à calmer l’ambiance. Urs Schwaller avait en effet choisi de privilégier la fête romande des yodleurs en Valais.

Quelques remarques relatives à sa latinité ont certes émaillé les discussions. Pour le président du PDC, il faut «privilégier la compétence pour reprendre un département avec des dossiers brûlants» en lieu et place d’une «arithmétique du Röstigraben». Auprès des délégués, l’échelle des priorités semble plus terre à terre. «Nous voulons d’abord récupérer le siège, la question de savoir s’il s’agit d’un Romand ou d’un Alémanique est secondaire», relevait une représentante zurichoise.

Un sondage, publié dans la presse dominicale, apporte un éclairage surprenant sur les aspirations des Suisses. Ainsi, près de la moitié des citoyens ne verraient pas d’objection à ce qu’un Alémanique succède à Pascal Couchepin (lire ci-contre).

«Ce serait un scandale et une grosse provocation» que six conseillers fédéraux sur sept soient alémaniques», a, pour sa part, indiqué Pascal Couchepin, dans la NZZ am Sonntag.

Un autre problème prend de l’ampleur au sein du PDC: les membres réalisent qu’il faudra s’allier à la gauche pour espérer récupérer le siège perdu en 2003. Quelques élus ne manquent d’ailleurs pas de pester contre cette alliance qui «pourrait provoquer un retour de flamme préjudiciable en 2011, lors des élections nationales».

Au même moment samedi, à ­Alstätten (SG), le président de l’UDC n’a pas manqué de dénoncer cette probable entente devant les délégués de son parti. Toni Brunner a accusé les démocrates-chrétiens de «courtiser la gauche» pour prendre le siège libéral-radical et d’«enterrer la concordance». Et Christophe Darbellay de répondre: «Il est hors de question pour le PDC de changer sa ligne.» Une telle alliance «fait partie de la stratégie électorale», a-t-il fait valoir.

Pour l’heure, on semble toutefois vouloir jouer la montre du côté du PDC. «La feuille de route pour la succession n’est pas encore connue», souligne Emanuel Waeber, le président du PDC fribourgeois. Du coup, les prétendants se tiennent en embuscade. Au moment de répondre à la presse, on préfère esquiver. Le conseiller d’Etat tessinois Luigi Pedrazzini, qui s’est vite retiré de l’assemblée, est resté vague sur ses intentions. Dominique de Buman a longuement discuté dans l’antichambre de la salle d’assemblée. Pierre Kohler, le maire de Delémont, n’a pas manqué, lui, de dire qu’il serait présent à Berne durant la nuit des longs couteaux, rebondissant sur les propos de Jean-Baptiste Beuret, président du PDC jurassien, qui, à la tribune, a souligné que le Jura attendait avec impatience son premier conseiller fédéral.

Cette multitude de candidats force la direction du parti à désigner un responsable de campagne impartial au sein du groupe parlementaire. Ce n’est un secret pour personne: tant le Valaisan Christophe Darbellay que son vice-président, le Fribourgeois Dominique de Buman, aspirent à la fonction suprême. Avec Urs Schwaller, le chef de groupe, cela fait trois membres de la direction directement concernés par cette échéance. Il est donc question de demander au Schwyzois Bruno Frick ou au Thurgovien Philip Stähelin, tous deux sénateurs, de jouer ce rôle.

Dans la foule de questions ouvertes au sein du PDC, un élément est définitivement clair depuis samedi: c’est le moment ou jamais pour les démocrates-chrétiens de revendiquer ce deuxième siège. En effet, Martin Bäumle, le président des Verts libéraux, qui font aujourd’hui partie du groupe parlementaire PDC, a annoncé, dans la Mittelland Zeitung, qu’il souhaitait créer un groupe indépendant dès 2011. Rien ne garantit donc que le PDC pourra s’appuyer sur la même force au parlement pour prétendre à un nouveau siège.