Cette fois-ci, c'est décidé. Le Parti démocrate-chrétien (PDC) va bel et bien lancer un référendum contre le nouveau régime libéralisant l'avortement (régime dit du délai), que le parlement entérinera formellement la semaine prochaine à Lugano. Si cette décision ne constitue pas une surprise, sa netteté en est une demie. Le comité directeur (qui comprend essentiellement des délégués des partis cantonaux) a en effet approuvé le lancement du référendum – le premier dans l'histoire du PDC – par 44 voix contre 7 oppositions et 8 abstentions. Ce résultat sans appel semble donner raison à ceux, dont le président Adalbert Durrer, qui affirmaient depuis des semaines que l'on exagérait les divisions du PDC en matière d'IVG. Il est d'autant plus remarquable que pratiquement la moitié des délégués au comité directeur sont des femmes, en vertu des statuts. L'idée largement véhiculée ces dernières semaines que le référendum contre le régime du délai serait imposé par les hommes aux femmes du parti en prend donc un coup. Le score très net s'explique toutefois en premier lieu par le fait que c'est à une solution de compromis que le comité directeur a en réalité dit oui. Tout en lançant le référendum, il a en effet simultanément décidé que, en cas de succès devant le peuple, le parti lancerait dans la foulée une initiative parlementaire proposant une libéralisation de l'avortement moins radicale. Ce modèle (dit de «protection») prévoit comme le régime du délai une libéralisation de l'IVG durant les 12 premières semaines de grossesse, mais il rend obligatoire pour la femme désirant avorter la consultation au préalable dans un centre spécialisé externe – susceptible donc de la faire changer d'avis.

Le PDC se sort ainsi habilement d'un dilemme qui l'occupe depuis quatre ans. En lançant le référendum, il satisfait ses franges les plus conservatrices. Mais en promettant de revenir à la charge avec la solution de protection le cas échéant, il éloigne le soupçon qu'en réalité, le parti reste fondamentalement opposé à toute velléité de libéralisation, rassurant du même coup son électorat urbain, progressiste et/ou féministe. On sait en particulier que le PDC genevois, le PDC jurassien, les Femmes et les Jeunes PDC ont émis de vives réticences à l'encontre du référendum. Le parti entend du reste mener sa campagne de manière totalement indépendante des groupuscules ultra-conservateurs qui ont annoncé leur intention de lancer un référendum également (et auquel ils pourraient renoncer au vu de la décision du PDC).

«Respect»

Instigatrice principale de la modernisation des positions du PDC en matière d'avortement depuis 1997, Brigitte Hauser se déclarait «très heureuse» vendredi de la solution trouvée. «Elle témoigne du fait qu'un large consensus au sein du parti existe sur le fait que le statu quo est insatisfaisant», a-t-elle commenté. Elle s'est déclarée particulièrement satisfaite du «respect» qui a présidé aux débats. On se souvient que la Valaisanne avait été victime d'une campagne d'affichage haineuse dans son canton il y a quelques années pour ses positions libérales en matière d'avortement.