Ueli Maurer, qui ne s’est jamais privé de haranguer les conseillers fédéraux lorsqu’il était président de l’UDC, en a pris pour son grade samedi, lors de l’assemblée des délégués du PDC, à Coire. Le président du parti, Christophe Darbellay, considère d’ailleurs – et il n’est pas le seul à le penser – que le conseiller fédéral UDC continue de se comporter comme un chef de parti et non comme un membre du collège gouvernemental. Pour Christophe Darbellay, le rapport de politique de sécurité n’est guère plus que le « travail semestriel d’un étudiant de première année », alors que, contrairement aux étudiants, il ne travaille pas seul, mais a « des milliers de collaborateurs à sa disposition ».

S’exprimant sur les scandales de pédophilie qui secouent l’Eglise catholique, chère au PDC, le Valaisan a appelé à l’établissement d’une « liste noire des pédophiles », rappelant que ceux-ci n’ont rien à faire « dans les écoles, les chorales ou les troupes d’éclaireurs ». L’un des deux thèmes de l’assemblée de samedi avait d’ailleurs trait aux valeurs chrétiennes, sans que cela ait de rapport avec l’image ternie de la prêtrise catholique. Quelle est aujourd’hui la signification du C de PDC? Le parti a entamé une longue réflexion sur ce sujet récurrent. Un groupe de travail emmené par la conseillère nationale Lucrezia Meier-Schatz a préparé une ébauche, qui sera suivie d’une consultation auprès des sections du parti. L’objectif est de redéfinir ce que le parti place sous ce C. S’agit-il de la foi? Du soutien aux plus faibles? De la solidarité? De la responsabilité individuelle? De la dignité de l’être humain? De tout cela à la fois? C’est sans doute la réponse sur laquelle débouchera la consultation annoncée.

A propos de la dignité de l’être humain, le parti a d’ailleurs failli tomber dans une contradiction qui aurait été mal comprise. L’autre objet du congrès de Coire était l’adoption d’une résolution sur la politique de la santé. Or, le projet initial de la direction du parti a ouvert le débat sur l’acharnement thérapeutique et le sort à réserver aux victimes du cancer ou d’une maladie incurable qui sont en phase terminale. Ce texte voulait inviter le Conseil fédéral à réfléchir au bien-fondé de traitements médicaux et médicamenteux, d’opérations, de radiothérapies coûteux pour des malades dont l’état « n’offre aucune chance de vivre dans la dignité par la suite. » Répétée trois fois dans le texte initial, cette phrase a choqué dans les milieux médicaux. « Qu’est-ce qu’une vie dans la dignité? », se sont interrogés plusieurs membres du parti, parmi lesquels la conseillère nationale argovienne Ruth Humbel et le président de la section neuchâteloise, François Pahud.

Christophe Darbellay a reconnu samedi que le texte initial était maladroit. « Nous avons repris ça au comité et proposé une formulation plus sensible envers les malades du cancer, qui met en valeur la volonté du patient plutôt que les possibilités médicales », a-t-il expliqué. Finalement, le parti souhaite que le Conseil fédéral s’interroge sur la fréquence de l’utilisation de traitements et médicaments « dont l’utilité est restreinte par rapport aux coûts et sur les « opérations, radiothérapies et traitements médicamenteux dont le patient ne veut pas ». Cette nouvelle formulation a été adoptée à une très large majorité.

Un autre aspect du document sur la santé déclenche un large débat: le PDC souhaite remplacer les vingt-six structures cantonales par des régions de soins de santé. Il pourrait y en avoir cinq en Suisse, délimitées selon leur taille et disposant chacun d’un hôpital équipé pour la médecine de pointe. Les représentants des cantons ont exprimé leur scepticisme.

Le document santé du PDC rejette l’idée d’une caisse mais soutient l’idée d’exempter les enfants des primes d’assurance maladie. Il a été adopté samedi par 167 voix contre 14 et 24 abstentions.