Cela ressemble à une capitulation. Après avoir clamé en février dernier, sans consulter le canton, qu'elle disait «oui au péage routier», la Ville de Genève bat aujourd'hui en retraite. Elle n'entend plus jouer les pionnières en Suisse en faisant payer aux automobilistes l'accès au centre-ville. Et elle se range même à l'avis du canton, qui prône l'instauration de macarons verts pour interdire l'accès à certaines zones aux véhicules les plus polluants.

Cumul de mesures

Pour expliquer sa décision, l'exécutif de la Ville a rendu public hier un rapport de son Service de l'aménagement urbain et de la mobilité. Selon ses conclusions, la solution pour réduire d'au moins 20% la pollution atmosphérique au centre-ville d'ici à 2013 passe par le cumul de différentes mesures, dont le péage urbain ne fait pas partie. Est-ce à dire que la Ville, et en particulier son maire d'alors, le Vert Patrice Mugny, s'étaient trop avancés en clamant leur volonté de tester un tel dispositif à Genève? Le socialiste Manuel Tornare, actuel maire de la cité, concède que l'exécutif «n'a pas toujours été très clair sur ce sujet». Mais l'édile affirme que lui et ses collègues n'ont «pas reculé»: «Il fallait écouter l'avis de spécialistes pour prendre la décision adéquate, c'était le but de cette étude. Sans compter que le dossier a évolué: les Chambres fédérales ont refusé d'autoriser des essais, les communes suburbaines nous ont fait part de leurs inquiétudes, et en plus, il faut bien avouer que ce n'est pas un procédé très social.»

Pour Alexandre Prina, le délégué à la mobilité qui a supervisé la rédaction du rapport, ce ne sont ni des raisons techniques ni des questions financières qui expliquent qu'il faille renoncer au péage urbain: «Cette solution reste intéressante. Il faudrait s'inspirer du système de portiques utilisé pour la redevance poids lourds. En instaurant un système d'abonnement avec lequel les automobilistes achètent des crédits qui leur permettent de circuler, on limite les frais d'identification des plaques et de facturation des usagers occasionnels. Mais je crois que nous ne sommes pas prêts à cela pour le moment à Genève. Des sondages ont montré que le principe du péage n'était accepté que par 40% environ de la population. Il y a d'autres moyens de réduire la pollution.»

Résultat, la Ville a décidé de suivre le canton pour défendre la mise en place de macarons qui ne permettront qu'aux voitures les moins polluantes d'accéder à certaines zones du territoire. «Cela permettra de renouveler le parc automobile genevois», note Alexandre Prina, qui ne manque pas de souligner la marge de manœuvre limitée de la Ville en matière de circulation: «Tout doit se faire en collaboration avec l'Etat, qui détient les compétences.»

Mais pour faire chuter le taux de pollution sur son territoire, la municipalité entend plancher sur ses propres recettes. En étendant les zones piétonnes, en favorisant la mobilité douce, et en modifiant sa politique de stationnement. «Cela ne devrait pas se traduire par une baisse drastique du nombre de places de parc, assure cependant Alexandre Prina. Seules quelques centaines devraient disparaître, sur les 85000 que compte le centre-ville.»