Les Valaisans ont de la peine à supporter que Pascal Couchepin, conseiller fédéral, se comporte dans son canton comme un opposant. La fonction de conseiller fédéral exigerait d'être au-dessus de la mêlée. Pourtant, quand il dénonce les défauts du système valaisan et son économie de réseaux para-étatiques, il sait de quoi il parle. Beaucoup sont prêts à lui donner raison. Il sait aussi que le Valais, avec sa dépendance financière, la gestion de son patrimoine hydroélectrique, les couacs de Loèche ou Zermatt ou les difficultés du secteur touristique, est en état de faiblesse politique au plan suisse.

Si les critiques du conseiller fédéral sont pertinentes à bien des égards, ce qu'il propose n'apparaît toutefois pas comme une alternative crédible aux yeux des Valaisans. A son libéralisme, il manque une morale humaniste qui montrerait que l'on n'existe, que l'on ne travaille pas seulement pour être le plus grand, le meilleur. Cela reste péché d'orgueil. Son discours basé sur les vertus de la compétition et du profit passe mal en Valais, où d'autres valeurs, non matérielles, ont leur importance. Le sentimentalisme à la valaisanne contre le réalisme à la zurichoise…

Dans une logique de confrontation avec la mentalité valaisanne, Pascal Couchepin manque de psychologie. Il ne corrige pas l'état d'esprit du régime qu'il dénonce, mais il soude ses adversaires, qui s'en amusent, et parvient même à faire douter les gens de son propre parti, comme l'ont démontré les dernières élections fédérales, où les radicaux valaisans ont connu une dégringolade. On veut bien, vu de Sion, qu'il s'occupe de la politique fédérale avec le réalisme qui lui est cher. Mais pour la politique valaisanne, il est déjà depuis longtemps trop bernois ou zurichois pour ne pas susciter le soupçon.

E. F.