La pêche suisse enfin labellisée

Label Une croix blanche garantira l’origine des produits

La démarche aura mis deux ans pour aboutir et combler enfin un vide juridique. L’idée d’un label s’appliquant aux poissons de nos lacs émane à l’origine du pêcheur d’Ouchy Serge Guidoux et de Pierre-Alain Urfer, activiste du terroir à l’origine de l’enseigne de la Ferme vaudoise. Jusqu’ici, rien ne permettait en effet de distinguer le délicat omble chevalier lémanique du médiocre omble de fontaine, voire la truite fario ou le sandre du lac de Morat de leurs cousins importés d’un peu partout – pas plus que la trentaine d’espèces indigènes frétillant dans les eaux helvétiques de celles issues d’élevages ou de bateauxexotiques.

La proportion de perches indigènes en particulier ne représente que 5 à 10% des montagnes de fretin d’origine multiple déversées chaque été sur les terrasses, sans qu’il soit possible d’en souligner la provenance ni la fraîcheur.

Le label Suisse garantie permettra de protéger et de promouvoir la pêche indigène. L’Association suisse romande des pêcheurs professionnels (ASRPP) s’est associée au syndicat des mêmes pêcheurs (SIPPL) et à Prométerre pour élaborer un dossier, avant d’associer leurs homologues alémaniques à la démarche. Le projet a été accepté l’été dernier. Il s’agira d’une démarche volontaire de certification proposée aux 350 pêcheurs professionnels helvétiques ainsi qu’aux transformateurs, grossistes et restaurateurs. Elle implique de se soumettre à des règles strictes et son coût individuel s’élèvera à quelque 700 francs sur trois ans.

«Valoriser un terroir»

La marque Suisse garantie est propriété de l’association Agro-Marketing suisse, chargée de mettre en place des contrôles indépendants. Ce label à croix blanche garantit l’origine, voire la transformation sur le territoire national, mais aussi le respect de l’environnement et bannit la présence d’OGM.

Ce label apposé sur des viandes, laitages, céréales ou encore sur la production maraîchère était déjà familier aux consommateurs. Les autres labels existants pour des poissons ne semblaient pas adéquats, qu’il s’agisse de MSC ou de Bio suisse. «Les exigences de durabilité et de gestion responsable de MSC sont déjà en vigueur en Suisse», relève l’inspecteur cantonal vaudois de la pêche, Frédéric Hofmann. Quant au label Bio suisse, il s’applique d’abord à l’élevage. Or, il n’était pas question que la pêche sauvage soit assimilée à des produits issus de fermes, quelle que soit leur qualité. Ce point a du reste représenté l’obstacle majeur au processus de labellisation des poissons et écrevisses de nos lacs.

Indigènes, les écrevisses? «L’écrevisse signal prolifère tellement depuis son introduction sauvage dans nos lacs – neuf tonnes ont été prélevées l’an dernier – qu’il n’est plus question de l’éradiquer mais au contraire de la valoriser», relève Frédéric Hofmann. De même, «ce logo assorti de la mention «sauvage» a vocation à donner une visibilité et à valoriser un savoir-faire et un terroir», explique Serge Guidoux.

Ce secteur marginal n’est pas voué à se développer, mais bien à être protégé. Le nombre de pêcheurs tend à diminuer chaque année, alors que les piscicultures gagnent en importance – celle de Rarogne devrait bientôt produire davantage de poisson que l’ensemble des prises cumulées des pêcheurs suisses…