«C'est redoutablement facile de se laisser aller sur Internet. Rien ne vous dit stop. J'ai commencé par consulter des sites de pornographie classique puis des images à caractère pédophiles. C'était devenu comme une drogue.» Devant le Tribunal de police genevois, cet ex-enseignant, contraint de démissionner de son poste du secondaire depuis le déclenchement de l'opération Genesis, a tenté d'expliquer les causes de cette addiction: «Il y avait une part d'excitation mais surtout une attirance pour ce qui est interdit, voir quelque chose qui n'aurait pas dû être vu, aller toujours plus loin.»

L'intéressé assure n'avoir jamais été embarrassé par ses pulsions sur son lieu de travail. Timide, pas forcément très heureux en couple, il a découvert sur la toile un univers où il ne se sentait pas observé. Contre cet accusé qui avait collectionné quelque 1000 images, une centaine de vidéos et même fait des montages en collant les photos de ses élèves ou de ses collègues «les plus jolies», le procureur général a requis la peine de 12 mois de prison avec un sursis conditionné au suivi d'un traitement psychiatrique. «Cette démonstration de force est sans intérêt», a rétorqué Me Pierre de Preux. Pour le défenseur de l'enseignant, la sanction sociale liée à ce type de délit est plus importante que la peine. Sans compter l'épreuve de l'audience publique. Son client a pensé ne pas avoir le courage de l'affronter, mais il est finalement venu pour ne pas fuir ses responsabilités.

«Curiosité malsaine»

Suivant sur la liste des cas graves du Ministère public, un gestionnaire a précisé qu'il s'était bien abonné durant un mois au portail Landslide, et qu'il avait une seule fois actionné son logiciel de téléchargement durant la nuit. Dans un lot de 400 images, certaines montraient des enfants abusés. «A l'époque, ce n'était pas interdit de chercher de la pornographie dure. J'étais guidé par une sorte de curiosité malsaine. Je n'ai pas de tendances pédophiles, je suis tombé sur ces clichés par hasard.» Et si l'intéressé les a gravés et gardés, c'était pour empêcher ses enfants de tomber dessus en allumant l'ordinateur. C'est encore un maximum de 12 mois, certes avec sursis, ainsi qu'une amende de 2000 francs, qui ont été demandés à son encontre. «C'est arbitraire et contraire à une saine politique criminelle. Le procureur général fait bien peu de cas de l'attitude de mon client, qui a collaboré à l'enquête», a plaidé Me Christian Lüscher. Les jugements sont attendus avant la fin de l'année.