La tension monte à Bâle, à deux jours de la manifestation initialement prévue ce mercredi 3 février par le groupe anti-islam Pegida. Malgré l’interdiction de défiler décrétée par la police bâloise le 22 janvier, l’aile helvétique du mouvement allemand des «patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident» comptait réunir ses sympathisants au coeur de la cité rhénane, sur la place du marché, pour «éveiller les consciences» sur «l’islamisation en cours en Europe et en Suisse». Lundi, le groupe fait marche arrière et prie ses fans de s’abstenir de descendre dans la rue.

En cause: les «hooligans et autres casseurs» attirés par les sirènes de Pegida, déterminés à prendre part à l’événement. Le Thurgovien Mike Spielmann, président de l’aile suisse du mouvement anti-islam, affirme avoir appris dimanche seulement, dans l’hebdomadaire Sonntagszeitung, que le groupe d’extrême-droite allemand «Berserker Pforzheim» comptait rejoindre la place du marché de Bâle le 3 février. Il dément toute proximité avec les groupuscules néonazis d’outre-Rhin, même s’il ne peut exclure l’existence de liens entre sympathisants. De l’autre côté, un appel à attaquer Pegida se propageait déjà depuis plusieurs semaines sur des sites antifascistes de Suisse, de France et d’Allemagne. L’affrontement était programmé.

«Nous ne devons pas compromettre la sécurité de la population, j’ai la responsabilité d’annuler notre manifestation. Chers patriotes, ne venez pas à Bâle!» déclare Mike Spielmann sur la page Facebook de Pegida. Le président promet toutefois des «petites actions dans les jours et les semaines à venir»: «Tenez-vous sur vos gardes, écrit-il. Nous perdons une bataille, mais pas la guerre». Le 6 février, le mouvement originaire d’Allemagne a programmé des manifestations «contre l’islam» dans plusieurs pays d’Europe. Son avatar suisse, qui rassemble plusieurs personnalités d’extrême-droite, espère pouvoir imiter les défilés de son grand frère.

Depuis sa création, l’aile suisse de Pegida a tenté a 18 reprises, selon ses dires, de manifester dans l’espace public. Pour la première fois en décembre, il obtenait un feu vert de la police bâloise. En face, une contre-manifestation s’est rapidement organisée sous la houlette des jeunes socialistes et des jeunes verts bâlois, également prévue sur la place du marché.

Jusqu’à ce que les autorités ne se rétractent le 22 janvier. Informée des intentions de «groupes violents de l’intérieur et de l’extérieur du pays» de rejoindre le défilé, la police cantonale, qui coopère sur ce dossier avec les services du renseignement de la Confédération, a jugé trop grand le «risque de trouble à l’ordre public», a-t-elle précisé. A la fin de la semaine dernière, Pegida était encore déterminé à braver l’interdiction. Mais entre-temps, il est devenu clair que le groupe n’était pas apte à contenir les plus radicalisés de ses adeptes. Rien n’indique que son appel au calme ne suffise à dissuader les casseurs de venir à Bâle mercredi.