Le carrossier d'origine tunisienne qui avait essayé d'éliminer un collègue trop pro-américain à son goût, a été condamné mercredi à 5 ans de réclusion par la Cour d'assises de Genève. Agé de 48 ans, cet homme au passé sans tache a été reconnu coupable de tentative d'assassinat. Les jurés ont relevé la barbarie de ses actes mais aussi la futilité de son mobile. «Je regrette, cela n'aurait jamais dû arriver», a déclaré l'accusé.

Le verdict n'a pas retenu le désistement volontaire plaidé par Mes Yvan Jeanneret et Paulo Castiglioni afin d'atténuer la gravité du plan consistant à étriper, découper en morceaux et manger ce frontalier de 31 ans, après l'avoir lardé de coups de couteau. Si l'agresseur a abandonné l'idée de tuer, souligne la décision, cela est dû à la résistance de sa proie (LT 28.04.2004). Il ne s'est pas retenu, comme le soutenaient ses avocats, à la faveur d'un brusque retour à la réalité. Les témoins ayant surpris la scène ont tous deux parlé d'un violent corps- à -corps.

«Les coups ont été donnés, a rappelé Me Olivier Boillat au nom de la partie civile, il n'y a eu aucun frein de la part de celui qui a poussé l'intolérance et l'obscurantisme à leur paroxysme.» Les jurés ont été convaincus que rien ne démontrait une attitude provocatrice de la part de la victime en relation avec la guerre d'Irak. Cette dernière a été la cible d'une haine sauvage et totalement incompréhensible, a encore ajouté son conseil. «C'est tout l'horreur de cette affaire.»

Pour sanctionner un procédé qualifié d'abominable, le procureur Claudio Mascotto a requis une peine de 6 ans. La Cour s'est montrée un peu plus clémente en tenant compte de la responsabilité diminuée de l'accusé et de sa collaboration à l'enquête. Citoyen helvétique depuis plus de 10 ans, marié à une Suissesse depuis 23 ans, cet enfant des campagnes tunisiennes, l'aîné d'une fratrie de 13, n'avait jamais eu le moindre problème avec la justice. Son épouse l'a dépeint comme un être posé, introverti et calme, croyant mais pas pratiquant. Avec une précision: «Ce qui l'énervait au plus haut point, c'était la vulgarité du langage.»