Devant la justice

«Ce que Cécile B. vous demande finalement, c’est l’aide qu’elle n’a pas pu solliciter à l’époque, c’est d’être la main qui enfin se tend.» A l’heure de s’exprimer sur la sanction, la défense a appelé les jurés à traduire leur verdict de compréhension, rendu la veille, en une peine de compassion bien inférieure aux 11 ans requis par le procureur général.

La Cour d’assises a finalement condamné l’accusée à 8 ans et demi de prison. Ayant déjà passé plus de 4 ans en détention préventive, cette dernière peut espérer sortir dans un peu plus d’un an.

Lâcheté et égoïsme

Le jugement relève la faute très lourde commise par Cécile B. Cette dernière a ôté la vie d’un homme en pleine force de l’âge, causé une perte douloureuse pour ses proches et surtout ses trois enfants. Elle a agi avec lâcheté en tirant sur un être désarmé. Une première balle en plein visage ne lui laissait que peu de chances de survie.

La Cour a tenu compte du désarroi et de l’émotion violente éprouvés par l’accusée au moment du drame ainsi que de sa responsabilité légèrement restreinte. Les mobiles de son crime, souligne la décision, ne sont pas clairs même si ceux-ci ne tiennent pas à la cupidité. «Elle avait peur de le perdre, elle voulait l’empêcher de rompre», précise la Cour. Et cela par égoïsme, pour satisfaire son désir narcissique.

Le comportement de Cécile B. après les faits ne joue pas en sa faveur, mais sa collaboration à l’enquête – une fois les aveux passés – a aussi été mentionnée. La Cour a également estimé que les profonds regrets exprimés pour ces «souffrances irréparables» étaient sincères et que l’accusée ne voulait pas ternir l’image d’Edouard Stern.

Son enfance douloureuse, ses problèmes psychiques (elle a séjourné 11 fois en hôpital psychiatrique durant sa détention et a tenté de se suicider une fois) ont conduit la Cour à suggérer très fortement la poursuite d’une prise en charge médicale sur le long terme. Le risque de récidive ayant été qualifié de pratiquement nul, ce traitement n’a pas été ordonné mais seulement conseillé.

Le franc symbolique, réclamé par la partie civile à titre de tort moral, a également été alloué. Enfin, la Cour a ordonné la destruction de la combinaison en latex, des armes et des accessoires sexuels utilisés la nuit du drame. Ainsi que de certaines photographies contenues dans le dossier.

Rongée par la culpabilité

Cécile B., toujours sanglotante, a quitté la salle en remerciant le jury. Avant l’ultime délibération, elle avait encore dit sa culpabilité: «Je suis perpétuellement écartelée entre son monde et celui des vivants. Je reste dans le noir pour être avec Edouard, je ne mange pas car je sais qu’il ne peut pas manger, je n’écoute pas de musique, car il ne peut pas entendre.» Et encore, à l’adresse de sa famille: «Je cacherai tout ce que je peux cacher sur lui pour l’éternité.»

Cette souffrance, Me Pascal Maurer a expliqué en avoir été le spectateur privilégié. «Ils se sont attirés comme deux aimants et ont noué une relation destructrice qui les a conduits inexorablement au drame. Il en est mort. Elle est à peine vivante.» Pour le défenseur, il est temps de libérer Cécile B. de ce mal qui l’étouffe. «Ils ont dansé un tango mortel. Aujourd’hui, elle danse toute seule dans sa cellule avec le fantôme d’un amour immortel.» C’est en liberté qu’elle pourra se reconstruire, se soigner de ce remords qui la ronge et quitter les démons qui la hantent, a ajouté Me Maurer.

Le reproche du procureur

On ne s’attendait plus vraiment à être surpris après des débats au contenu aussi peu ordinaire. C’était compter sans l’intervention du procureur général Daniel Zappelli. Dans son réquisitoire, ce dernier a reproché à Cécile B. d’avoir tué deux fois Edouard Stern. Une première fois en lui tirant dessus. Et une seconde fois en profanant sa mémoire.

Aux yeux du magistrat, la meurtrière aurait dû au moins «essayer de préserver l’image du défunt» en enlevant la combinaison de latex (n’y avait-il pas des ciseaux dans cet appartement, s’est-il interrogé?) et en cachant les autres objets sexuels. «Ce sont ces détails qui ont attiré l’intérêt des médias et qui sont, pour toujours, figés et gravés dans le marbre.» Venir reprocher à l’accusée de ne pas avoir maquillé la scène du crime, «c’est le sommet de l’absurdité», a rétorqué la défense.

Pour Me Alec Reymond, le procureur général n’a de toute manière rien compris aux mécanismes humains à l’œuvre dans cette affaire ni à la gravité du calvaire subi par sa cliente. «Au-delà de l’histoire de Cécile B., il y a celle du mépris de la femme en général. Quelles que soient les circonstances, on n’a pas le droit d’humilier et d’asservir les êtres», a ajouté le défenseur. Et ce dernier de conclure: «Derrière la meurtrière et l’épave, il y a une belle personne. Ce drame est un absurde accident du destin, surgi avec une sorte de ponctualité fatale, et qui ne correspond à rien du tout dans son parcours de vie.» L’heure du retour à cette vie est désormais fixée.