«Une uniformisation des systèmes scolaires n'est pas forcément garantie d'une plus grande qualité. Au contraire, il y a le risque que l'on ne gagne rien du tout. Car une solution unique peut freiner l'esprit d'innovation de certains cantons et niveler vers le bas. De plus, il sera impossible de s'interroger sur l'origine des différences qui vont forcément subsister: elles auront l'air de tomber du ciel.» Stefan Wolter, directeur du Centre suisse de coordination de la recherche en éducation et délégué suisse à l'OCDE pour les questions de l'éducation, ne croit pas aux vertus de la centralisation prônée par le Parti radical, qui envisage de lancer une initiative à ce sujet. Le débat sur les propositions du Parti radical, révélées dimanche par la NZZ am Sonntag, ne fait que commencer (LT du 18.10.2004).

Froissé de ne pas avoir été consulté, Hans Ulrich Stöckling, conseiller d'Etat radical saint-gallois et président de la Conférence des directeurs de l'Instruction publique (CDIP), ne veut pas pour le moment s'exprimer sur les propositions de son propre parti. Il attend d'abord d'être informé directement. Gabriela Fuchs, responsable de la communication à la CDIP, met en avant le projet Harmos, l'harmonisation de la scolarité obligatoire, lancé en 2002: «Les travaux d'experts vont commencer en novembre, il s'agira d'élaborer les niveaux de compétence à atteindre à l'issue des 2e, 6e et 9e années. A partir de 2007, la CDIP fixera ces standards dans un concordat scolaire, ce qui leur donnera un caractère contraignant.» Elle rappelle également que le nouvel article constitutionnel sur l'éducation, dont la consultation s'est achevée il y a trois jours, couvre quasiment toutes les revendications du Parti radical. «Dans la variante la moins interventionniste déjà, il est prévu d'accorder à la Confédération, si les cantons n'ont pas trouvé de solution coordonnée, des compétences en matière de paramètres fondamentaux, tels que la durée des différents degrés de scolarité, le passage entre ces degrés ou la reconnaissance des diplômes.»

La conseillère nationale Christa Markwalder, chargée du dossier par son parti, réplique: «Pour l'école primaire, les changements constitutionnels envisagés ne vont pas assez loin. Nous voulons plus et que cela aille plus vite.»

Claudio Siegrist, directeur de la formation secondaire à la Haute Ecole pédagogique Berne-Jura-Neuchâtel, ne croit pas à la démarche du Parti radical: «C'est le grand écart entre la coordination qui se fait difficilement et la volonté politique d'uniformiser à tout-va.»

Stefan Wolter renchérit: «La Suisse alémanique n'est pas un bloc homogène. La différence d'attitudes s'exprime plutôt selon la ligne ville-campagne. Bâle est plus proche de Genève que ne l'est Fribourg.» Pour le pédagogue, le problème principal dans le système suisse de l'éducation est son manque de transparence: «Il n'est pas possible de mesurer les prestations de l'école. Le sentiment diffus d'insatisfaction que l'on observe aujourd'hui ne se laisse ainsi ni infirmer, ni confirmer. Et toute la politique de la formation navigue en plein brouillard: nous manquons d'informations de pilotage. Personne ne sait quelles compétences les élèves qui commencent avec une langue étrangère en deuxième année auront vraiment acquises en neuvième.» Pour Stefan Wolter, la solution ne passe pas par l'unification, mais par la définition de standards uniformisés. «Il faut laisser aux cantons leur liberté opérative. Qu'ils soient en concurrence. Mais surtout, il faut se fixer des objectifs élevés, et les moyens de les contrôler. C'est aussi une motivation pour les enseignants.»

Le canton de Saint-Gall a déjà fait un premier pas dans cette direction. Depuis 1998, il a introduit et développé un système de tests pour les enseignants. Ce projet permet de comparer régulièrement les connaissances d'une classe en allemand et en maths. Près de 80% des maîtres s'y soumettent de leur plein gré chaque année. Et Saint-Gall est en train d'exporter le système à d'autres cantons.