Peine de mort: l’appel suisse fait des émules

Droits humains Didier Burkhalter plaide pour l’abolition de la sentence capitale

Onze ministres se joignent à l’appel

Didier Burkhalter récidive: le président de la Confédération appelle à mettre fin aux sentences capitales pour marquer la 12e Journée mondiale contre la peine de mort, ce vendredi. Lancée pour la première fois en 2012 avec des pays européens, l’opération a depuis fait des émules. Cette année, onze ministres de cinq continents se joignent à l’appel.

Trois des pays signataires du texte n’ont pas encore complètement aboli la peine capitale: le Bénin, la Mongolie et le Burkina Faso. Les deux premiers ont ratifié en 2012 le deuxième protocole optionnel relatif au Pacte international sur les droits civils et politiques, visant à l’abolir. Mais la sentence figure encore dans leur législation. Quant au Burkina Faso, s’il rencontre des obstacles face à une opinion réfractaire à l’abolition, il n’a procédé à aucune exécution depuis 1988.

Didier Burkhalter opte pour une approche basée sur le dialogue plutôt que sur le name and shame (publicité négative). «La critique est utile, mais elle peut braquer. Nous ne mettons pas de pression pour des résultats rapides. Nous préférons que la décision émane d’un processus solide basé sur la démocratie», explique l’ambassadrice pour les droits de l’homme du DFAE, Nicole Wyrsch.

Comment convaincre sans contraindre face à des gouvernements rétifs à la critique ou peu enclins à bouleverser l’ordre établi? Certains Etats, comme la Chine, affirment qu’ils souhaitent avancer, mais que l’opinion publique n’est pas favorable à l’abolition de la peine de mort, relève Nicole Wyrsch: «Dans ce genre de situation, nous cherchons à soutenir les autorités dans leurs efforts pour étoffer leur argumentation. Il faut du courage politique pour abolir la peine de mort. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni l’ont fait alors même que les opinions y étaient défavorables.»

La peine de mort est effective dans 58 pays, dont 22 ont procédé à des exécutions en 2013, selon Amnesty International, qui publie chaque année un rapport. On y apprend que 1925 personnes dans le monde ont été condamnées en 2013, 778 exécutées, tandis que 23 392 individus attendaient dans les couloirs de la mort. La Chine fait partie des cinq pays au monde où se produisent les trois quarts des exécutions perpétrées, à côté de l’Iran, l’Irak, l’Arabie saoudite et les Etats-Unis.

«Ceux que l’on tente de convaincre nous disent parfois: même les Etats-Unis et le Japon appliquent la peine de mort», déplore Nicole Wyrsch. La diplomate place ses espoirs dans la société civile américaine pour faire avancer le débat: «De plus en plus d’individus sont révoltés par le coût exorbitant d’une exécution, 300 millions de dollars, alors même que cela ne fait pas baisser la criminalité.» C’est l’un des arguments au cœur du mouvement abolitionniste: la peine de mort ne sert à rien. «Si on la compare à des sanctions dures, telles que la prison à vie, la peine de mort n’a pas plus d’effet préventif.»

La croyance populaire lui prête pourtant un pouvoir dissuasif. Un processus d’abolition de la peine de mort peut se voir freiné à la faveur d’un fait divers sordide. «Ceux qui sont favorables au maintien de la peine de mort en savent souvent le moins. On est surpris de constater à quel point nos interlocuteurs manquent souvent de renseignements sur ses effets néfastes, à commencer par l’exécution d’innocents», affirme l’ambassadrice.

Il y a aussi des exceptions. La semaine dernière, en Suisse, l’avocat Charles Poncet plaidait dans L’Hebdo en faveur du rétablissement de la peine capitale pour les terroristes qui décapitent des otages occidentaux. «C’est une opinion, il faut vivre avec, rétorque Nicole Wyrsch. Même s’il y a quelque chose d’illogique à employer les méthodes de ceux que vous condamnez. Mais, en fin de compte, ces déclarations ne sont pas inutiles, car elles nous permettent de dire que, même chez nous, la question ressurgit régulièrement. Cela nous place au même niveau que les pays avec qui on discute.»

«Les déclarations de Charles Poncet en faveur de la peine de mort ne sont pas inutiles»