Du bout des lèvres, a-t-il dit, le procureur général Eric Cottier a renoncé à requérir une peine privative de liberté ferme contre Julien Bogousslavsky. L’accusation a privilégié une construction originale en demandant une peine de 2 ans avec sursis ainsi qu’une peine pécuniaire de 180 jours-amende à 1000 francs le jour que le neurologue devra payer à titre de sanction immédiate. Le Ministère public, tout en précisant que «même le prince des professeurs n’est pas au-dessus des lois» a expliqué sa relative clémence par l’existence d’un repentir sincère, l’absence d’un risque de récidive et une réparation déjà effective du préjudice matériel estimé à quelque 5 millions de francs.

Reprenant un à un les éléments de l’acte d’accusation, Eric Cottier a soutenu que l’ancien chef de service doit être reconnu coupable d’escroquerie, d’abus de confiance qualifié, de gestion déloyale qualifiée et de faux dans les titres pour avoir puisé pour ses besoins privés dans le fond de service, détourné l’argent de la recherche, trompé un donateur et confectionné des factures fantaisistes. «Indignité, roublardise et mesquinerie» ont caractérisé le comportement de ce spécialiste respecté et admiré, a relevé le Ministère public.

Aux yeux du procureur général, la gravité de l’affaire ne fait aucun doute. Julien Bogousslavsky avait tout- connaissances, excellence et moyens financiers- pour résister à la tentation. A décharge, Eric Cottier a relevé que le spécialiste avait pris conscience du caractère totalement déplacé de ses actes et souligné l’utilité incontestable de son activité actuelle de neurologue. Au moment de requérir la peine, le Parquet a rappelé que Julien Bogousslavsky a déjà passé 57 jours en détention préventive et estimé que la médiatisation importante de l’affaire constituait déjà une part de la sanction.

Avant lui, Me Jean-Christophe Diserens, au nom de l’Etat de Vaud plaignant, a estimé que ce dossier était «l’histoire de la dérive d’un homme et pas celle d’une institution». Revenant sur une réglementation abondante et pas toujours limpide, l’avocat a ajouté: «Personne n’a rien fait de faux au CHUV. Julien Bogousslavsky- qui a mis son génie au service du mal- est seul responsable de ce séisme». La défense interviendra cet après-midi.