Justice

Peines fermes contre des membres de l’Etat islamique

Trois Irakiens sont reconnus coupables de soutien et participation à l’Etat islamique. Le quatrième prévenu est acquitté. L'accusation n'a pas pu amener la preuve de la préparation d’un attentat depuis la Suisse

Les juges en sont convaincus: il y a bel et bien eu tentative d'implanter une cellule de l’Etat islamique (EI) en Suisse, dans la campagne de Schaffhouse. Les responsables: trois Irakiens, reconnus coupables devant le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone, vendredi, de participation et soutien à une organisation criminelle et condamnés à des peines de prison ferme.

Principal accusé, considéré comme le meneur, Osamah, 29 ans, écope de quatre ans et huit mois de prison. Même peine pour son complice Mohamed, 35 ans. Le troisième protagoniste de cette affaire, Wesam, 31 ans, est condamné à trois ans et six mois de privation de liberté. Les trois hommes devront s'acquitter en sus d'une amende de 49 000 francs pour les frais de procédure. 

Ils avaient été arrêtés ensemble en 2014, au domicile d’Osamah à Beringen (Schaffhouse), à l'issue d'une enquête de deux ans. En prison depuis, ils verront leurs deux années préventive déduites de leurs peines.

Quant au dernier accusé, Abdulrahman, qui était soupçonné lui aussi de soutenir l’organisation terroriste, il est acquitté. L’accusation n’a pas été en mesure de prouver qu’il avait effectué des voyages en Turquie pour y transporter des appareils de radio pour le compte de l’EI.

Pour la première fois, des membres de ce groupe sont jugés en Suisse. Le procès s'est tenu sous haute surveillance policière durant quatre jours, du 29 février au 4 mars. Le Ministère public avait exposé devant la cour des accusations particulièrement lourdes à l’encontre des quatre hommes: préparation d’un attentat terroriste depuis la Suisse, infiltration de combattants djihadistes, ou représentation de la violence. La procureure avait requis les peines les plus élevées possibles: sept ans et demi de détention pour Osamah et Wesam. Cinq ans et demi pour les deux autres. 

Le doute subsiste

Mais toutes les allégations n’ont pu être prouvées. Ainsi, le mystère autour d'un éventuel attentat demeure. Il n'a pas été possible d'établir que Wesam s’est rendu en Turquie pour y emmener une carte mémoire, censée contenir des informations sur un plan d’attentat. L'outil en question, qui figurait au coeur des échanges interceptés entre les accusés et aurait dû constituer une preuve tangible, n’a jamais été retrouvé, laissant les enquêteurs dans l'incapacité d'établir la cible éventuelle de cette attaque.

Or à l'heure du verdict, même si la préparation d’un attentat n’a pu être démontrée, le tribunal suit les conclusions du Ministère public au sujet de la nature des conversations entre les protagonistes sur internet. Ces propos échangés via Skype et Facebook, qui constituaient la pièce centrale de l'accusation, ont été interceptés essentiellement par les services de renseignements américains.

Lorsqu’Osamah parlait d’ingrédients dont il aurait besoin pour «cuire du pain», il s’agissait bien de préparer des explosifs. Et quant son interlocuteur Abu Hajer, décrit comme «un membre important de l'Etat islamique», lui promet de lui envoyer quelqu’un qui «s’y connaît en pastèques», il faut le traduire par des bombes. «Osamah et Abu Hajer ont coordonné des informations concernant le combat de l’Etat islamique. Il n’y a pas d’autres interprétation possible», a affirmé le juge.

Quant à Mohammed, il ne fait aucun doute qu’il voulait implanter une cellule de l’Etat islamique lorsqu’il parlait de «créer une filiale de l’entreprise en Suisse». Ses activités en ligne ont aussi parlé contre lui: «Facebook fait partie de la stratégie de propagande de l’Etat islamique», a souligné le juge. Dans ces discussions, il ne pouvait s'agir «que d’actions illégales dirigées contre des choses ou des humains», estime enfin le tribunal. 

Le procureur général de la Confédération Michael Lauber s'est déclaré «satisfait» et «soulagé» par ce jugement, qui prend au sérieux selon lui l'atteinte à la sécurité publique posée par le terrorisme et a valeur d'exemple: «Ce verdict signifie clairement qu'aucun abus n'est toléré contre l'ouverture et le système libéral de la Suisse». 

Osamah recourra sans doute auprès du tribunal fédéral pour s'opposer à sa condamnation, a fait savoir son avocat Remo Gilomen. La défense, qui avait plaidé l'acquittement, juge les peines particulièrement sévères. «C'est un procès qui reflète l'époque, influencé par les actions terroristes de l'EI en Europe au cours des deux dernières années», souligne l'un des autres avocats, Andreas Damke. Au moment où les trois Irakiens étaient arrêtés, le groupe n'avait pas la puissance de frappe dont il a, depuis, fait la preuve. 


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