Justice 

Le père abuseur devra bien purger 18 ans

Le Tribunal cantonal vaudois a confirmé lundi en appel la peine de 18 ans contre un père qui avait abusé et frappé ses huit enfants durant onze ans. Ses aveux inattendus de la quasi-totalité des faits n’ont rien changé

En début d’audience lundi, ce père vaudois de 42 ans a admis avoir abusé et frappé ses huit enfants durant onze ans. C’est une surprise, car ses avocats avaient justement écrit le contraire dans leur déclaration d’appel. Ces aveux tardifs ne changeront pourtant rien: la Cour d’appel du Tribunal cantonal vaudois a confirmé la sentence de mars dernier contre laquelle il avait fait recours: 18 ans de prison ferme.

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C’est grâce à la plainte de sa fille aînée, en 2015, que l’homme a été arrêté. En plus de subir des abus sexuels et des violences, les enfants étaient contraints à des actes sexuels entre eux, vivaient dans une insalubrité totale et étaient malnutris. «Si j’admets tout, c’est parce que je n’ai plus envie de me battre, je n’ai plus envie de vivre», a-t-il déclaré lors de son second procès, apparaissant sans sa longue barbe hirsute. Le condamné a cependant continué de nier le viol présumé sur une de ses filles, le 9 octobre 2016 dans un hôtel de Moudon (VD), alors qu’il avait été remis en liberté.

La défense jugeait la condamnation excessive. «L’excès a pris le pas sur le droit et le juste», a conclu Me Jonathan Rutschmann, l’un des avocats, à la fin de sa plaidoirie. Un excès judiciaire et médiatique qui a poussé ce père à avouer la quasi-totalité des faits, a tenté d’expliquer la défense, déstabilisée par ce retournement de situation.

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La défense a insisté sur les troubles cognitifs dont souffre le père de famille: «Comment peut-on dire que c’est un tyran et un manipulateur, alors qu’il a des capacités intellectuelles limitées?» Elle a aussi mis en avant le laxisme du Service de protection de la jeunesse (SPJ) et de la justice de paix, pointés du doigt dans le rapport d’enquête de Claude Rouiller sur la gestion du cas. «Comment mon client pouvait-il se remettre en question si on lui dit que tout va bien?» interroge le défenseur, qui se réfère à une expertise de 2007 concluant qu’il n’y avait pas de maltraitances délibérées. La défense plaidait l’acquittement pour la violation du devoir d’assistance ou d’éducation et une réduction de peine pour les infractions sexuelles.

Pleinement responsable

Le procureur, tout comme la partie plaignante, a rétorqué que le père était tout à fait conscient de ses manquements et pas si bête que cela. Une expertise psychiatrique a relevé qu’il était capable de déterminer ce qui est licite et non. Ainsi, lorsqu’il a décidé de voir sa seconde fille dans un hôtel à Moudon, il savait pertinemment qu’il devait s’occuper dignement de ses enfants, a ajouté l’avocate de la victime. «Ne venez pas nous dire que les carences de la SPJ ou de la justice de paix viennent diluer votre responsabilité, vous restez le triste père que vous êtes», a asséné l’avocat de la fille aînée.

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Lorsque ce dernier lui a demandé s’il regrettait ses actes commis durant si longtemps, le père a dit ne pas vouloir répondre. Il a toutefois remercié du bout des lèvres ses enfants d’avoir eu le courage de l’attaquer en justice.

Pour la présidente de la Cour d’appel Sandra Rouleau, l’intelligence du père est dans la norme. «Sa volonté d’agir n’a donc pas été pas annihilée par des troubles cognitifs, ses actes étaient parfaitement intentionnels.» Elle a également souligné son «absence totale de remise en question», malgré ses aveux. Une diminution de peine ne peut pas être envisagée, au vu de la gravité des faits qui portent non sur un enfant, mais sur huit. Ceux-ci devront être indemnisés par leur père à hauteur de 300 000 francs.

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