La prison de Champ-Dollon retrouve un ancien pensionnaire. Condamné à 5 ans de prison pour l'enlèvement de ses deux fillettes, un Suisse converti à l'islam est à nouveau sous les verrous. Cette fois, c'est pour avoir laissé pratiquer une excision sur ses enfants alors qu'elles étaient cachées dans une famille d'accueil en Malaisie. Saisie mardi de ce cas peu banal, la Chambre d'accusation genevoise a ordonné une prolongation de détention limitée à 15 jours. Le temps pour le juge d'instruction de vérifier la légalité de la poursuite.

«Un petit coup de couteau»

Le fait de se savoir sous mandat d'arrêt n'a pas dissuadé ce père de demander un rendez-vous au juge Michel-Alexandre Graber. Interpellé jeudi à son arrivée à l'aéroport de Cointrin, l'intéressé a été inculpé de lésions corporelles graves et de violation du devoir d'assistance et d'éducation. Ses filles, aujourd'hui âgées de 12 et 13 ans, avaient retrouvé leur maman dix ans après leur enlèvement, en octobre 2003. Un contrôle médical avait alors révélé une excision partielle chez l'une et une ablation totale du clitoris chez la seconde.

Ces mutilations définitives ont été pratiquées sur les enfants lors du premier séjour de leur père en prison, à l'époque où il taisait obstinément le lieu de leur cachette. En fait, le prévenu les avait confiées à un certain Ahmed K. Un homme que les enfants dépeignent aujourd'hui comme celui qui a donné «un petit coup de couteau».

Lors de son premier interrogatoire, le père a contesté avoir commandité ces actes. Devant la Chambre d'accusation, il a affirmé que pour lui l'excision est bien un crime, tout en pointant la différence entre la mutilation partielle ou totale. Peu importe qu'il ait donné ou non son accord, souligne Me Robert Assaël au nom de la mère, partie civile. «En tant que garant, il avait une responsabilité évidente et devait se méfier des personnes et de leurs pratiques.»

Lorsqu'un crime ou un délit est commis à l'étranger par un Suisse ou sur des Suisses, l'auteur peut être poursuivi ici si l'acte est aussi réprimé dans l'Etat où il a été commis. Le juge doit donc établir si l'excision est punissable en Malaisie, si une plainte est nécessaire et si la prescription n'a pas encore frappé cette procédure. Un premier contact oral avec l'Institut suisse de droit comparé laisse entendre que la machine judiciaire ne s'est pas mise en route pour rien.