Il nous accueille sur ces mots: «Etre ermite pour moi, c’est se taire pendant onze mois, mais vu que vous êtes venus le douzième, on peut causer.» Rires. Avant de parler, il faut cependant planter le décor. Le val Montjoie, au-dessus de Saint-Gervais-les-Bains, dans le massif du Mont-Blanc. Altitude: 1300 mètres. Une longue allée jamais lassante puisque chahute à gauche le torrent Bon-Nant et chante là-haut le pinson. Le père Joseph Rey habite au bout du chemin bucolique, au numéro… 3786. Haute bâtisse en pierres vénérables dont la façade est ornée de quatre longs troncs de bois disposés en V. Y reposent, parfaitement empilées, des bûches. Une réalisation de l’occupant des lieux. Un promeneur parmi tant d’autres lui a dit un jour: «Je vois quatre sabliers et la vie qui s’écoule vers la terre. On finit tous ainsi.» La lecture de Joseph est différente: «C’est plutôt un élan vers l’infini.» Le randonneur est reparti enjoué avec pour cadeau un peu d’éternité dans sa musette.

Venu pour un mois, jamais reparti

Joseph Rey, 84 ans, a un regard qui sans cesse sourit. «Un truc de naissance», dit-il. Cela fait vingt-cinq années qu’il vit en lisière du monde: «Je suis venu pour un mois mais j’ai prolongé.» Mis à la retraite en 1996, il a été chargé par la congrégation Saint François de Sales, à laquelle ce missionnaire appartient, d’accueillir des séminaristes, des théologiens ou des groupes de retraités. Ceux-ci ne viennent plus depuis cinq ans parce que l’auguste demeure ne serait plus en conformité avec les normes de sécurité. Joseph, lui, est resté et est devenu l’unique habitant et le gardien.