Le Parti socialiste s'oppose à la réforme de la péréquation financière et de la répartition des tâches (RPT). Parce qu'il la juge antisociale, notamment à cause de la cantonalisation des institutions par handicapés. Parce qu'il craint que les cantons ne se fassent rouler dans la farine. Et parce qu'il privilégie un autre type de réforme, en l'occurrence l'harmonisation fiscale. Il y a cependant des voix discordantes au sein du parti. En particulier celle du conseiller national bernois Peter Vollmer. Directeur de l'Union des transports publics (UTP), il considère que la RPT apporte enfin une réponse au problème du trafic d'agglomération. Interview.

Le Temps: Vous soutenez la RPT alors que le PS s'y oppose. Comment expliquez-vous votre position «exotique» au sein du parti?

Peter Vollmer: J'aimerais d'abord rappeler que le Parti socialiste bernois soutient la RPT à une écrasante majorité. Je ne suis donc pas seul. J'ai le sentiment que cette réforme va dans la bonne direction. Elle améliore la péréquation financière en tant que telle en introduisant de nouveaux critères conformes à notre époque, socioculturels, topographiques, etc. Par rapport au critère de la force fiscale, cela permet d'assurer un meilleur équilibre entre les cantons. Le nouveau système réduit le différentiel entre eux. La nouvelle répartition des tâches attribuera les compétences de manière plus claire. Prenons l'exemple des routes. Aujourd'hui, les cantons qui construisent le plus cher sont ceux qui reçoivent le plus d'argent. C'est stupide. La RPT est certes un paquet, mais elle me semble constituer un ensemble équilibré.

– Comment un socialiste peut-il justifier de soutenir un projet que son propre parti qualifie d'antisocial, notamment à cause de la question des handicapés?

– Ce qu'on nous propose n'est pas une solution social-démocrate, mais elle n'est pas mauvaise et ne justifie pas le rejet du tout. On ne va pas économiser un franc sur le dos du social, car il y a transfert de compétences et d'argent de la Confédération vers les cantons comme dans l'autre sens. Et je sais que certaines institutions pensent qu'elles s'en sortiront mieux si leur interlocuteur est le canton. Il est faux de dire que tout est plus sûr si c'est la Confédération qui est responsable, car le budget fédéral subit de fortes pressions à la baisse.

– Si vous soutenez la RPT, c'est surtout à cause du trafic d'agglomération. Quelle solution apporte-t-elle?

– Une base constitutionnelle. C'est ce que nous demandons depuis des années. La situation actuelle est absurde: la Confédération ne peut absolument rien faire pour le trafic d'agglomération, car il n'existe pas de base légale pour ça. C'est pourtant là qu'il y a le plus de problèmes, notamment à cause des embouteillages. Avec la RPT, la Confédération pourra investir dans le trafic d'agglomération en puisant dans les recettes de l'impôt sur les huiles minérales. Et j'aimerais préciser que cela concernera aussi bien les transports publics que les aménagements routiers.

– Le contre-projet à l'initiative populaire Avanti prévoyait une solution identique.

– Oui, mais il a été refusé par le peuple en février dernier, et cela pour une autre raison: je vous rappelle que ce contre-projet prévoyait aussi de doubler le tunnel du Gothard. On essaie de reprendre le projet de fonds pour le trafic d'agglomération et les infrastructures routières dans le cadre de ce qu'on appelle «Dopo Avanti». Trois variantes ont été mises en discussion. Mais la base constitutionnelle manque toujours. La RPT l'offre. En cas d'échec, il faudrait de toute manière revenir avec un nouvel article constitutionnel afin que l'on puisse utiliser une partie de l'impôt sur les huiles minérales pour financer des projets dans les agglomérations. Cela prendrait beaucoup de temps.

– Combien puisera-t-on dans les recettes des taxes sur les carburants pour financer le trafic d'agglomération?

– On part de l'idée qu'on y consacrera environ 350 millions par an. Ce montant ne figure bien sûr pas dans l'article constitutionnel. Il ne sera fixé que lorsque l'on définira les détails du fonds d'infrastructures, ce qui ne se fera qu'après la votation.

– Et qu'est-ce qu'on financera avec cet argent?

– Par exemple l'extension du réseau de trams à Bâle, à Zurich ou à Genève. Plusieurs projets sont en attente. Mais le CEVA n'en fait pas partie, car le mode de financement de ce projet passe par le contrat des prestations des CFF, qui, lui, reste tributaire de l'état des finances fédérales.

– La RPT apporte-t-elle aussi une contribution au trafic régional?

– C'est moins clair. Aujourd'hui, la Confédération finance en moyenne 69% des coûts du trafic régional – mais la fourchette est très large car la contribution fédérale dépend de la force financière de chaque canton. A l'avenir, la Confédération ne paiera plus que 50% et les cantons devront tous couvrir 50% de ces coûts. Ils recevront de l'argent pour cela, mais cela risque de poser des problèmes, car ils pourront utiliser cet argent librement. Le 28 novembre, on ne vote que sur le principe et nous ne le contestons pas. Les détails dépendront de la loi d'application, qui est en consultation jusqu'en janvier. Dans ce cadre, nous essaierons d'obtenir des garanties afin que les cantons assument leurs responsabilités et maintiennent les prestations.