Le Temps: Aujourd'hui déboussolé, l'élevage chevalin est-il menacé?

Jean-Pierre Beuret: Il y a dans ce pays une fibre traditionnelle pour le cheval. Irrationnelle et inversement proportionnelle à l'intérêt économique. Les éleveurs intelligents vont survivre. Ils doivent oublier les aides publiques, ne plus seulement venir au Marché-Concours pour toucher des primes de courses. Pleurnicher n'a jamais été une bonne politique. Ils doivent reprendre l'initiative. Les péripéties actuelles qui modifient cette profession ne lui seront pas fatales.

– A voir la morosité qui entoure le monde de l'élevage chevalin, le Marché-Concours qui béatifie le cheval n'est-il pas anachronique?

– Même lorsque l'élevage chevalin était conditionné par la Confédération et par les acquisitions de l'armée, le Marché-Concours est resté en marge de la politique officielle. Sa vocation est de rassembler des amoureux des chevaux et des éleveurs. Pour tisser des liens. La fête est aussi là pour se redonner le moral. Le Marché survivra tant que la passion sera là.

– Les démonstrations et les courses qui caractérisent le Marché-Concours ne devraient-elles pas faire place à une foire-vente?

– Pour la première fois, il y aura trente chevaux mis en vente directe au Marché-Concours. Le public pourra les essayer et les atteler. Mais je ne crois pas qu'on puisse transformer le Marché-Concours en lieu de vente. Le spectacle n'incite guerre à la négociation. Les acheteurs doivent pouvoir aller de ferme en ferme pour essayer, comparer, discuter. Le Marché-Concours sert de vitrine.

Propos recueillis par S.J.