«Un mépris absolu pour la vie.» A l’heure de requérir contre le ressortissant roumain, jugé depuis lundi à Genève pour avoir tué un couple de sexagénaires, la procureure Anne-Laure Huber a estimé que cette mise à mort remplit tous les critères d’un double assassinat. «Le crime est d’une gravité exceptionnelle, il a infligé le comble de l’horreur à ses victimes.» Aux yeux du Ministère public, seule la peine maximale, la prison à vie, peut ici entrer en ligne de compte. «Il n’y a aucun motif d’y renoncer.»

«Il a bu le champagne avec ses amis après avoir étranglé les victimes à leur domicile». Pour la procureure, le prévenu, 39 ans, a commis un crime d’une sauvagerie inouïe. Le sentiment d’humiliation et un acte de prostitution mal vécu ne sauraient justifier ni expliquer pareil déchaînement de violence. L’accusation soutient que le déclencheur du premier crime est surtout l’argent. Avec la colère en plus. «Il ne lui a pas sauté à la gorge pour rien. Il y a eu un désaccord sur la rémunération après la relation sexuelle qui s’est mal passée. Le retraité ne voulait pas le payer, comme le prévenu l’a dit lui-même.» Un mobile des plus futiles.

«Circonstances atroces»

La thèse d’une sorte de crime involontaire, invoqué par le Roumain lors du procès, ne tient pas la route, ajoute la procureure. «Comment peut-on décemment parler d’accident lorsqu’on serre le cou de quelqu’un jusqu’à ce qu’il devienne mou?» Le parquet rappelle aussi que le prévenu ne supportait pas les homosexuels et éprouvait, selon ses propres termes, du «dégoût» à leur égard.

Le massacre de l’épouse, rentrée de son fitness alors que le prévenu avait déjà tué sa première victime dans la chambre à coucher, est admis dans son cruel déroulement. «Elle était un témoin gênant, une menace concrète, il fallait qu’elle se taise à jamais. Elle a été achevée dans des circonstances atroces.»

Un mystère demeure toutefois sur les raisons pour lesquelles Vlad, de son prénom fictif, a enlevé la culotte de la sexagénaire après l’avoir étranglée avec une lanière et battue au point de lui briser toutes les côtes. Par sadisme? Pour brouiller les pistes? Pour se venger, comme il l’a déclaré, et punir celle qui a résisté en lui enfonçant un doigt dans l’œil? Anne-Laure Huber croit à cette explication assez terrifiante du prévenu. Mais pas à celle consistant à dire qu’il voulait vérifier le sexe de sa victime.

«Fouille macabre»

Le taux d’alcoolémie au moment des faits et ses effets sur les actes commis sont trop vagues pour retenir une responsabilité légèrement restreinte, estime le parquet. L’accusation souligne encore le comportement glacial du prévenu après les faits, sa fouille macabre et méthodique de l’appartement, le vol des bijoux, les corps retournés, l’alliance retirée du doigt du cadavre, les cigarettes fumées tranquillement. «C’est cette scène-là qui fait frissonner. Elle ne peut avoir été jouée que par un assassin.»

Une peine privative de liberté à vie se justifie pleinement, soutient enfin Anne-Laure Huber. «Ce cas se situe tout en haut de la fourchette de gravité et il faut que la réponse de la justice soit à la hauteur.» Parties plaignantes et défense vont encore s’exprimer aujourd’hui. Le jugement est attendu vendredi.

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