Affaire Giroud

Les personnages clés du réseau Giroud

«Le Temps» a extrait les données du Registre du commerce liées à l’empire de l’encaveur valaisan et les a organisées en réseau. Le conseiller d’Etat Maurice Tornay a des liens étroits avec tous les protagonistes

Les personnages clés du réseau Giroud

Valais «Le Temps» a extrait les données du Registre du commerce et les a organisées en réseau

Le conseiller d’Etat Maurice Tornay a des liens étroits avec tous les protagonistes

Depuis toujours, les Valaisans parlent de leur canton comme étant organisé, parfois même manipulé par des réseaux d’influence politiques, familiaux et économiques. Si l’affaire Giroud déchaîne aujourd’hui les passions, c’est parce qu’elle met au jour une toile d’intérêts tissée, entre Ecône, le PDC, l’UDC, le sport, le vin et un conseiller d’Etat.

Le Temps a extrait, puis analysé les données publiques du Registre du commerce de Dominique Giroud et de ses proches collaborateurs. L’univers et les relations d’affaires ramifiées de l’encaveur, sous le coup d’une ­enquête pénale pour faux dans les titres avec intention de tromper le fisc et de plusieurs enquêtes pour fraude vinicole, sont ainsi mis au jour.

Trois personnages clés émergent de l’empire créé par Dominique Giroud en deux décennies. En Valais, Maurice Tornay, qui révise les comptes de toutes ses caves. A Zoug, Peter Hess, ancien élu PDC de premier plan qui est administrateur unique des deux sociétés par lesquelles aurait transité l’argent de Dominique Giroud dissimulé aux îles Vierges britanniques. Et, enfin, le gestionnaire de patrimoine sédunois Philippe Udry, dans le rôle du financier qui fait le lien entre ces différents pôles.

Maurice Tornay, président d’Alpes Audit jusqu’en 2009 et actuel conseiller d’Etat PDC en charge des Finances, était le réviseur de toutes les sociétés valaisannes de Dominique Giroud entre 1999 et 2009, soit les années concernées par l’enquête du fisc fédéral. Le conseiller d’Etat se défend de toute implication dans la fraude fiscale dont est accusé l’encaveur. Il affirme qu’en tant que réviseur des sociétés valaisannes de Dominique Giroud, il ne pouvait pas détecter d’éventuels flux financiers illégaux avec Zoug et les îles Vierges.

L’étude du réseau montre que Maurice Tornay, via sa fiduciaire ­Alpes Audit, a des contacts d’affaires étroits avec Philippe Udry et révise certaines sociétés domiciliées chez Peter Hess. La révélation des enquêtes en cours n’a presque rien changé à l’implication d’Alpes Audit dans les affaires des différents inculpés. Par ailleurs, Maurice Tornay reste propriétaire d’Alpes Audit à 25%.

En 2007, Philippe Udry, ancien cadre du Crédit Suisse, crée une société de gestion de patrimoine qui a pignon sur rue à l’avenue de la Gare de Sion, mais aussi à Verbier, Montana et Genève. Swiss Symphony est révisée par Alpes Audit, de même que sept des sociétés que Philippe Udry créera par la suite. Selon les informations du Temps, il gère les finances de la galaxie Giroud, figurant au conseil d’administration de trois de ses caves et, selon les arrêts du TPF, disposant des droits de signature sur Bibendum, la société offshore dont l’ayant droit est l’épouse de Dominique Giroud.

Par le biais de plusieurs sociétés, Philippe Udry est aussi en lien avec le personnage clé du volet zougois de l’affaire Giroud, Peter Hess, administrateur unique des deux sociétés de Dominique Giroud, par lesquelles aurait transité l’argent en direction des îles Vierges ou des caves valaisannes. Conseiller national entre 1983 et 1993, candidat malheureux au Conseil fédéral en 1999, président du Conseil national en 2000, Peter Hess est un avocat d’affaires investi dans 80 conseils d’administration au cours de sa carrière. Comme Maurice Tornay, l’homme est PDC, plutôt de l’aile conservatrice et religieuse, dit-on dans les corridors du Palais fédéral.

Peter Hess a siégé à Berne en même temps que le PDC valaisan Maurice Chevrier, membre du conseil d’administration d’Alpes Audit entre 1998 et 2010. Après quoi, Maurice Tornay, devenu conseiller d’Etat, a nommé Maurice Chevrier comme chef du Service des affaires intérieures et communales de l’Etat du Valais. Autre lien entre Peter Hess, Maurice Tornay et Philippe Udry: la société immobilière RV Properties est domiciliée à la fiduciaire de Peter Hess, révisée par Alpes Audit, et dont Philippe Udry est l’administrateur unique depuis le 6 février 2012 et jusqu’au 30 avril 2014.

En 2007, une figure secondaire entre en scène: Alphonse Ebiner, directeur financier de Giroud Vins SA. L’homme entre au conseil d’administration de presque toutes les sociétés de l’encaveur. Il siège parfois comme administrateur unique ou comme représentant de Dominique Giroud dans des sociétés peu connues que son patron a rachetées au fil des ans. L’encaveur n’apparaît ainsi pas nommément dans Albert Biollaz SA, une cave de Chamoson. Alphonse Ebiner en est le seul propriétaire sur le papier mais les vins de la cave sont vendus chez Dominique Giroud. Le procédé est comparable avec Moren SA. Quand la société change de nom pour devenir la Cave de Valère David Luyet SA, Dominique Giroud est remplacé au conseil d’administration par Alphonse Ebiner.

Outre ces relations d’affaires lisibles dans le Registre du commerce, l’empire Giroud c’est aussi un réseau d’influence politique. L’UDC et le PDC se défendent d’avoir été financés ces dernières années par l’encaveur. Par contre, Maurice Tornay a bénéficié d’un don «peu important», dit l’intéressé, pour sa campagne électorale personnelle de 2009. En 2013, c’est Oskar Freysinger qui reçoit le soutien de Dominique Giroud, dit-on en Valais, le ministre UDC refusant de divulguer le nom de ses donateurs. Reste que quand l’affaire a éclaté, il a clairement défendu Dominique Giroud. «Il y a un litige sur les impôts comme cela arrive tous les jours en Suisse», disait Oskar Freysinger en décembre 2013. Ce dernier n’est pas seulement lié à Dominique Giroud par d’éventuels dons, mais aussi par l’électorat écônard qui se reconnaît aujourd’hui parfois plus volontiers dans l’UDC que dans le PDC.

Outre les partis politiques, les différentes entreprises de Dominique Giroud ont sponsorisé un nombre important de clubs de sport. A commencer par le FC Sion de Christian Constantin, dont il a été le principal sponsor entre 2003 et 2008 pour une enveloppe globale de plusieurs millions. Christian Constantin disait, récemment, dans la presse dominicale à propos de Dominique Giroud: «Je l’apprécie beaucoup […] Quant à la tourmente médiatique qui le secoue, elle est montée en épingle à cause de Maurice Tornay.» L’univers de l’encaveur conserve encore la trace d’Ecône. Daniel Porcellana, l’un des administrateurs d’Alpes Audit, est le fils d’un chauffeur de Mgr Lefebvre, tandis que l’avocat de Dominique Giroud est le neveu d’un autre chauffeur de l’évêque.

Philippe Udry est le financier de la galaxie Giroud qui disposait des droits de signature aux îles Vierges

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