Le personnel fédéral est mis sous pression

Finances L’effectif de l’administration et la facture salariale seront gelés

De nouveaux postes sont pourtant nécessaires

Le personnel fédéral est sous pression. La détérioration des comptes de la Confédération relance le débat sur son coût et son ampleur. «On a échappé de justesse à une coupe linéaire dans le cadre du budget 2014, mais je crains que les attaques reviennent», confie la conseillère nationale Maria Bernasconi (PS/GE), secrétaire générale de l’Association du personnel de la Confédération. Elle ne se trompe pas. L’effectif global est en hausse. Or, la Commission des finances du Conseil des Etats juge cette évolution «préoccupante». Elle a annoncé cette semaine qu’elle envisageait le dépôt d’une motion «visant à stopper l’augmentation continue des effectifs».

De son côté, le Conseil fédéral compte geler les charges de personnel à leur niveau de 2015, soit un peu plus de 5,5 milliards. Cela signifie qu’il renonce à l’augmentation de 100 millions évoquée dans la planification financière. Pour Maria Bernasconi, c’est une «très mauvaise idée». A ce dessein, elle oppose deux arguments.

Premièrement, on attend toujours davantage de l’administration fédérale. «Il faudra du personnel pour gérer et accélérer les procédures d’asile et on demande de gros efforts aux instances de contrôle comme la Finma», cite-t-elle en guise d’exemples. Deuxièmement, une enquête des commissions de gestion a critiqué le recours à des experts externes pour effectuer certains mandats. «Si l’on internalise le travail que l’on a confié à ces experts extérieurs, cela accroîtra les charges de personnel», prévient-elle.

Elle fait face à une droite déterminée à contenir les coûts et les effectifs de l’administration. «Nous acceptons que la Confédération crée des postes supplémentaires dans la formation, la recherche ou l’innovation. Mais, globalement, le nombre d’employés doit rester stable, ce qui signifie qu’il faut le diminuer dans d’autres secteurs», réplique Olivier Feller (PLR/VD), membre de la Commission des finances du Conseil national.

La pression vient aussi de l’économie. Lorsque les associations faîtières ont présenté leur stratégie de mise en œuvre de l’initiative sur l’immigration (LT du 30.01.2015), Gottlieb Keller, le président de Scienceindustries (pharma et chimie), n’y est pas allé de main morte. Calculant que le personnel des administrations publiques suisses, tous niveaux confondus, avait crû de 13% entre 2009 et 2013, il en a conclu qu’«une grande partie de l’immigration va directement grossir les rangs de l’appareil étatique». En d’autres termes, si le secteur privé ne trouve pas la main-d’œuvre dont il a besoin et doit le recruter à l’étranger, c’est parce que l’Etat «absorbe des travailleurs» au détriment des entreprises privées. Cette affirmation fait bondir Maria Bernasconi. «Nous avons des chiffres très différents pour l’administration fédérale. Le nombre de postes n’a augmenté que de 2,7% entre 2009 et 2013», réagit-elle, courroucée.

Mais les chiffres sont têtus: entre 2007 et 2014, les charges de personnel ont crû de tout juste 1 milliard, passant de 4,5 à 5,5 milliards de francs par an. La pression sur les coûts de l’administration fédérale ne va donc pas diminuer.

L’UDC est, comme toujours, à l’affût. Dans un document de fond rédigé en novembre, elle propose de mettre la tronçonneuse en marche. Elle juge l’appareil administratif «complètement boursouflé» et exige que l’effectif du personnel fédéral soit ramené à son niveau de 2007. Cela supprimerait 2600 postes. Ce n’est pas la première attaque de l’UDC dans ce domaine. En décembre 2013, dans le cadre du budget 2014, c’est ce parti qui était à l’origine d’une demande de coupe linéaire de 50 millions, qui aurait entraîné la disparition de 200 emplois. La démarche a échoué in extremis, mais le parlement a malgré tout décidé d’économiser 150 millions sur les frais de fonctionnement de l’administration.

L’an dernier, l’UDC a exigé qu’Eveline Widmer-Schlumpf présente un scénario permettant de réduire de 300 millions les charges de personnel, ce qui aurait supprimé 2300 postes. L’armée et les gardes-frontière auraient été les plus touchés. Ce plan n’est plus d’actualité. «Couper à la hache dans le budget du personnel n’est pas une solution», critique Olivier Feller, dont le parti ne soutient pas les demandes les plus dures. Mais, comme les perspectives budgétaires sont redevenues moroses après dix années de vaches sinon grasses, du moins bien saines, les pressions sur le coût de l’administration fédérale ne vont pas faiblir. La Commission des finances du Conseil national en discutera jeudi prochain.

Les commissions des finances jugent la hausse des effectifs «préoccupante»