Vent de malaise et d'incertitudes à l'Office fédéral des migrations (ODM). Mercredi, des collaborateurs de l'ex-Office des réfugiés (ODR) ont appris par Eduard Gnesa, patron de l'ODM, et Urs Winkler, chef de la division principale «procédure d'asile», qu'une vingtaine de personnes étaient sur un siège éjectable. «Une vingtaine de cadres seront dégradés. Eduard Gnesa nous a aussi fait comprendre que nous devrons à l'avenir traiter plus de deux tiers des demandes directement dans les centres d'enregistrement et prononcer plus de non-entrée en matière (NEM) pour décharger le domaine de l'asile», témoigne, inquiète, une personne de l'Office que nous appellerons Marc *. «Eduard Gnesa est le perroquet de Christoph Blocher. Devoir prononcer plus de NEM alors que les décisions se basent sur des critères très précis signifierait ne pas respecter l'actuelle législation sur l'asile. Christoph Blocher préjuge déjà de la future loi et son projet d'étendre la suppression de l'aide sociale à l'ensemble des requérants déboutés – et plus aux seules personnes frappées de NEM – laisse vraiment craindre le pire!». Marc est amer. L'annonce de mercredi le démoralise: «Croyez-moi: nous sommes nombreux au sein de l'office à vivre difficilement cette pression constante».

Contacté, Mario Tuor, porte-parole de l'ODM, confirme qu'environ vingt postes sont sur la sellette. Vingt personnes de la division «procédure d'asile». «Il s'agit surtout de personnes qui sont sous contrat à durée limitée. L'actuel effectif correspondait au traitement de 15 000 à 20 000 demandes d'asile par année, or nous sommes maintenant sous la barre des 14 000 demandes. Il y a donc des personnes sous occupées». Vérifications faites, le scénario prévu n'est pas aussi simple. Plusieurs chefs de division et de section ont bien appris en milieu de semaine qu'ils seraient dégradés. Sans savoir à quelle sauce ils seront mangés. Les chefs de division peuvent viser les postes de chefs de section, ces derniers peuvent postuler comme suppléants et du coup, les actuels suppléants deviendraient de simples collaborateurs et chasseraient les personnes au bénéfice d'un contrat à durée limitée. Cet effet de cascade provoque un grand sentiment d'insécurité au sein de la division touchée. Trente-quatre personnes sous contrat à durée limitée y travaillent. «Nos chefs veulent éviter des licenciements secs pour ne pas nuire à l'image de l'ODM et poussent certaines personnes à prendre leur retraite anticipée ou à partir d'elles-mêmes…», cite une autre source.

Après les discussions de mercredi – Eduard Gnesa et Urs Winkler se sont rendus à Berne et à Givisiez (FR) – tout l'Office a reçu dans la matinée de jeudi matin un e-mail confirmant que l'objectif est de faire passer la division «procédure d'asile» de 170 à 150 personnes en l'espace de quelques mois. Ce même mail annonce aussi le départ d'Urs Winkler, chef de ladite division et vice-directeur de l'ODM. Apparemment peu satisfait de la politique d'asile menée par Christoph Blocher, il quitte l'office à fin juin pour le poste de directeur de l'organisation d'entraide World Vision Suisse. «Il avait mercredi la gorge serrée lorsqu'il a dû annoncer avec Eduard Gnesa que 20 postes devaient disparaître», glisse un collaborateur.

Pour ce qui est des supposés oukases à propos des NEM, Eduard Gnesa dément avoir dit qu'il fallait désormais prononcer davantage de décisions en ce sens. Par contre, son objectif, et à travers lui celui de Christoph Blocher, est clairement de faire en sorte que plus de deux tiers des demandes d'asile soient désormais directement traitées dans les quatre centres d'enregistrement (CERA) de Suisse. But de la manœuvre: faire de grosses économies et gagner du temps. Le CERA de Vallorbe occupe actuellement cinq postes et demi et le chiffre devrait bientôt être porté à onze. «A Zurich, le centre de procédure va carrément fermer et les collaborateurs qui y travaillent seront directement mutés à l'aéroport. Que cela leur plaise ou non. Nous avons aussi été informés de cela mercredi», précise encore Marc.

Effective depuis le 1er janvier, la fusion entre l'ex-Office des réfugiés et l'ex-Office des étrangers a, par la force des choses, déjà fait d'autres victimes. Les deux offices totalisaient 760 postes environ or l'ODM doit en compter 700. Parmi les démissions annoncées à la fin de l'année 2004 figuraient notamment celles de deux anciens vice-directeurs, furieux de ne pas retrouver un poste équivalent dans la nouvelle structure.

* Prénom fictif