Médecins, pharmaciens, infirmiers: les plus grandes associations de professionnels de la santé affichent leur soutien à la nouvelle loi sur les épidémies. Comme elles l’ont dit jeudi à Berne, cette loi est «nécessaire pour mieux protéger la population contre les maladies infectieuses de notre époque». Les citoyens suisses se prononceront le 22 septembre.

Le personnel soignant affiche malgré tout un certain scepticisme vis-à-vis d’une des mesures qui le concerne plus spécialement: la vaccination obligatoire. Les cantons peuvent déjà déclarer des vaccinations obligatoires. La nouvelle loi en précise cependant le cadre: les catégories de personnes concernées devront être nommées, l’obligation sera limitée dans le temps et ceux qui ne s’y soumettront pas pourront être déplacés durant la période critique.

La grippe saisonnière n’est en l’état pas concernée par une obligation de vaccination, pas plus que la rougeole. Même si la loi laisse une certaine marge d’interprétation, la mesure ne devrait s’appliquer que lors de graves pandémies menaçant la santé publique. Comme cela pourrait être le cas pour le virus H7N9, dont des chercheurs viennent de découvrir une probable transmission interhumaine.

Mais le taux de vaccination contre la grippe peut servir de boussole. «80% du personnel soignant ne se laisse pas vacciner contre la grippe saisonnière», affirme le naturopathe Daniel Trappitsch, du comité référendaire. Un pourcentage que relativise Pierre Théraulaz, président de l’Association suisse des infirmières et infirmiers (ASI). Selon lui, ce pourcentage diminue selon les secteurs. Moins il est en contact avec des malades fragiles, moins le personnel soignant se fait vacciner.

Infirmière au CHUV à Lausanne, Myriam Lambelet avoue faire partie des réticents, comme la moitié des collègues de son service. «Cette obligation de vaccination me fait peur, dit-elle. Chacun, y compris le personnel soignant, doit pouvoir choisir librement. Lorsqu’une grippe sévit, je préfère porter un masque. Le vaccin n’est pas quelque chose d’anodin. Il y a quelques années, avec le H1N1, j’ai accepté d’être vaccinée. Je n’ai jamais été autant malade que durant cet hiver-là alors qu’en principe, je n’ai jamais la grippe.»

En cas de pandémie, les hôpitaux ne s’attendent néanmoins pas à devoir réorganiser tous leurs services pour écarter du personnel. Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) par exemple appliquent une stratégie très claire de promotion de la vaccination dans leurs unités. Une obligation telle que prévue par la nouvelle loi existe déjà pour lutter contre la rougeole. «Le personnel travaillant aux urgences, aux soins intensifs et en pédiatrie doit être vacciné contre la rougeole. Ceux qui refusent ne sont pas affectés à ces secteurs. Mais c’est très rare. Et lorsque nous avons introduit cette mesure, il y a eu très peu de transferts. Les employés ont fait une pesée d’intérêts», explique le professeur Didier Pittet, médecin-chef du service de prévention et contrôle de l’infection des HUG.

Les HUG reviennent pourtant de loin. Dans les années 90, le taux de couverture de la vaccination contre la grippe était de 10%. Des premières actions concrètes ont permis d’atteindre quelques années plus tard un taux de 25%. En 2009, le H1N1 l’a fait grimper à 60%. Il faut dire que les HUG ont alors fait un pas supplémentaire en imposant un badge «Vacciné(e) pour vous protéger». Le taux est depuis retombé à 50%, ce qui est toutefois nettement mieux que la moyenne nationale. Pour le professeur Didier Pittet, c’est encore trop peu et la Suisse est en retard. En 1996, son service a tenté de comprendre les réticences des employés des HUG. Une étude a été menée et elle a été renouvelée cette année. Première raison évoquée: les gens croient en leur immunité personnelle. Deuxième raison: une préférence pour l’homéopathie. Troisième raison: la peur des vaccins et des aiguilles.

80% du personnel soignant n’est pas vacciné contre la grippe saisonnière