C’est un cauchemar récurrent des milieux d’affaires suisses: un Conseil fédéral dominé par une coalition de centre gauche, qui alourdirait les impôts, augmen­terait les dépenses et dégraderait le climat économique libéral du pays. Cette crainte a semblé se matérialiser mercredi, avec l’avè­nement d’un gouvernement à majorité PS-PDC-PBD, et la marginalisation de l’UDC.

Pascal Gentinetta, directeur d’economiesuisse, le lobby des entreprises helvétiques, qui avait appelé dans Le Temps au retour à la formule 2 UDC – 2 PS – 2 PLR – 1 PDC, «respecte» le choix de l’Assemble fédérale. Mais il dessine une feuille de route assez stricte au nouveau Conseil fédéral: «Il est important qu’il mette les bons accents dans les priorités de politique économique», qu’il «ne dévie pas du droit de chemin» en matière de finances publiques et qu’il «aille de l’avant» dans l’assainissement des assurances sociales.

En 2007, l’éviction de Christoph Blocher avait suscité les mêmes inquiétudes. «La communauté des affaires s’attend à ce qu’un gouvernement de centre gauche fasse évoluer les politiques fiscales, d’investissement et sociales dans des directions défavorables à l’économie», indiquait un câble américain, révélé par WikiLeaks, qui citait l’ancien dirigeant d’un parti bourgeois reconverti dans la banque.

Ces derniers mois, la droite patronale a peu goûté certaines initiatives de l’alliance PS-PDC-PBD: la sortie du nucléaire, le projet de réforme fiscale écologique, la dilution, au parlement, d’une réforme destinée à réduire les dépenses de l’assurance invalidité.

Sa crainte est que la tendance se confirme dans d’autres dossiers, comme la future réforme de l’AVS. Et que le climat politique plus agité mette fin à la stabilité et à la prévisibilité qui, selon elle, ont assuré le succès de la Suisse ces dernières décennies.