Jamais depuis 1986 et la première étude sur la sécurité réalisée par l’EPFZ la tendance n’avait été aussi forte: 74% des Suisses se disent pessimistes sur l’évolution de la situation politique mondiale ces cinq prochaines années. Ce résultat, publié vendredi, est en hausse de 20 points par rapport à 2015. Fait notable, la lame de fond touche de la même manière les résidents des trois régions linguistiques, les hommes et les femmes, les jeunes et les seniors.

Selon les auteurs de l’étude «Sécurité 2016», qui ont sondé 1211 personnes du 4 au 23 janvier de cette année, il faut voir dans ce pic de pessimisme la conjugaison d’un bouquet d’événements. L’attaque de la rédaction de Charlie Hebdo en janvier 2015 et les attentats de Paris en novembre, n’auraient pas produit à eux seuls de tels résultats. Ainsi en 2011, la tragédie du World Trade Center avait eu un impact moins important sur le pessimisme des Suisses. «Mais, en 2015, il y a eu non seulement Paris, mais aussi la guerre en Syrie, le conflit ukrainien, la menace permanente de l’Etat islamique, la crise des réfugiés ou encore les agressions de la Saint-Sylvestre à Cologne», détaille Tibor Szvircsev Tresch, l’un des responsables de l’étude.

Le cocon suisse

Parallèlement à ce pessimisme face à l’évolution du monde, les sondés expriment le syndrome du cocon. «Le sentiment général de sécurité en Suisse a reculé, mais il se situe toujours à un haut niveau», commente Thomas Ferst, coauteur de l’étude. 86% des Suisses se sentent en sécurité dans la mère nation et 75% sont confiants en l’avenir immédiat du pays et en ses institutions.

Une majorité de citoyens attendent malgré tout des autorités qu’elles mènent une lutte plus intensive contre le terrorisme. Les résultats sont écrasants: 83% des sondés alémaniques, 94% des Romands et 84% des italophones le souhaitent.

Une lutte qui passe par quelles mesures? 87% souhaitent que l’Etat puisse prélever des données de personnes suspectes, 87% plébiscitent un engagement de l’armée de manière subsidiaire à celui de la police, tandis que 82% aimeraient un renforcement des effectifs de police. En revanche, les sondés se révèlent cette année moins favorable à la vidéosurveillance ou au renforcement du contrôle d’accès aux bâtiments publics.

Loi sur le renseignement en arrière-plan

Les Suisses entretiennent une opinion contradictoire entre leur propre liberté individuelle, sacrée, et celle des autres, que l’Etat peut restreindre pour des raisons sécuritaires. «Les mesures qui touchent à la liberté personnelle, comme la vidéosurveillance ou le contrôle personnel, sont moins populaires cette année. Mais toutes les mesures qui concernent la surveillance de suspects, sont plébiscitées», indique Tibor Szvircsev Tresch.

Lire: Les Suisses plébiscitent la collecte de données pour renforcer la sécurité

De bon augure pour la Loi sur le renseignement, soumise au vote le 25 septembre prochain, qui veut étoffer l’arsenal de mesures de surveillance préventive des espions helvétiques? «On ne peut pas évaluer l’issue du scrutin à partir de cette étude. Cela dit, on voit que les mesures liées au terrorisme sont les plus plébiscitées et que la loi sur le renseignement est spécifiquement élaborée pour surveiller les suspects», souligne le chercheur.

Nouveau record d’impopularité pour l’adhésion à l’UE

Les chercheurs ont aussi voulu savoir comment la Suisse pouvait contribuer à rendre le monde plus sûr. En tout cas, pas en intégrant des instances supranationales, comme l’OTAN ou l’UE, répondent une majorité des sondés. «L’adhésion à l’UE atteint un nouveau bas, avec seulement 16% des sondés qui la souhaitent», constate Andrea Rinaldo, collaboratrice à l’Académie militaire de l’EPFZ. Le besoin d’un rapprochement politique de l’Union européenne continue, quant à lui, de diviser le pays: seuls 30% des sondés alémaniques plébiscitent un tel rapprochement quand 54% des sondés romands sont en sa faveur. De manière générale, les Suisses confirment la politique étrangère du Conseil fédéral: pour bâtir la paix, ils plébiscitent la politique des bons offices, l’aide au développement et la participation à des conférences internationales.