Tout comme le départ de la famille Bertarelli vers l'Oberland bernois, remplacé à Gland par l'ancien coureur de Formule 1 Michael Schumacher, le déménagement, dévoilé ces jours, de Peter Brabeck à Verbier en novembre 2007 fait jaser les Vaudois. Et rallume les controverses sur la concurrence fiscale entre cantons, au point de susciter la réaction irritée des socialistes qui lui reprochent son manque de «sens civique».

La décision du président du conseil d'administration de Nestlé renvoie aussi à la situation de nombre de petites communes vaudoises dont le ménage dépend souvent de quelques bons contribuables. Un changement, même anodin, peut provoquer un séisme. Sans oublier la péréquation cantonale et la facture sociale qui viennent alourdir des notes importantes, tout en influençant le taux d'imposition, et par conséquent l'attractivité des communes. Voire leur viabilité. Quelques-unes seraient au bord de la faillite, indiquait 24 heures la semaine passée.

Contribuables mobiles

On ne connaît pas précisément les revenus du dirigeant de Nestlé -évalués par Bilan à plus de 17 millions de francs en 2007. Frédéric Grognuz, municipal des Finances, assure toutefois que La Tour-de-Peilz, domicile principal de Peter Brabeck depuis 1992, s'en sortira. Les contribuables fortunés vont et viennent, philosophe-t-il. L'impact financier sur la commune de la Riviera est indéniable. A l'époque, La Tour-de-Peilz avait dû retoucher son budget. Frédéric Grognuz explique cependant que la Ville, grâce à sa taille, est en mesure d'absorber le manque à gagner. Et Nestlé est toujours là, rappelle-t-il.

Ce qui n'est pas le cas de localités plus petites. Un départ intempestif ou une arrivée inattendue autant qu'une recette exceptionnelle peuvent troubler la vie d'un village de quelques centaines de résidents. Riche un jour, pauvre le lendemain, ou vice versa.

Vufflens-le-Château, sur les hauteurs de Morges, 750 habitants, dont Michael Schumacher. Jusqu'en 2008, toutefois. La syndique, Christiane Ganshof, relativise le choc: «La commune compte sur une poignée de bons contribuables, pas sur un seul.» D'autres ont remplacé le champion. Prévoyante, la commune avait revu à la baisse ses revenus fiscaux, sans toucher au taux, fixé à 75%. Pas toutes le sont, signale Isabel Balitzer-Domont, déléguée à la communication de l'Administration cantonale des impôts, qui se souvient des déboires de Ropraz avec Fotolabo.

Investissements incertains

Mais l'incertitude règne. Difficile, juge la syndique de Vufflens-le-Château, de risquer un investissement. Voilà pourquoi, lors des exercices fastes, la commune a créé des réserves qu'elle exploite en période de vaches maigres. Elle dispose même d'un fonds pour satisfaire les besoins en liquidités suscités par la péréquation cantonale et la facture sociale, en augmentation de 10%.

Montricher, accolée au Jura, 800 âmes, 8 millions de budget annuel, l'équivalent de celui d'une localité deux fois plus grande. Depuis vingt ans, une partie des héritiers de la famille Hoffmann-La Roche habite le village. «Un miracle», s'exclame le syndic, Michel Desmeules. Leur arrivée a bouleversé la commune. Qui a trouvé les ressources nécessaires à l'entretien de son domaine, très étendu, et de ses bâtiments. Certes, si la famille devait s'en aller, ce serait la catastrophe. Pur fantasme. La confiance est réciproque, assure Michel Desmeules. L'ouverture récente de la Maison de l'écriture en est le gage.

Saint-Barthélémy, Gros-de-Vaud, 670 personnes, pas de millionnaires, jure Dominique Dafflon. Le syndic raconte. La création du holding Monodor en 2006 promet un versement exceptionnel de plus d'un demi-million, le quart du budget. Après dix ans de désendettement, c'est un cadeau du ciel.

Alors que la commune est sommée par l'autorité fiscale de payer 220 millions dans les 30 jours en août 2007, on découvre que Monodor bénéficie d'un délai de paiement de 36 mois sans intérêts. Dominique Dafflon refuse de jouer la banque. Le syndic dénonce le système. Un recours est déposé auprès de la Cour constitutionnelle de droit administratif contre la péréquation financière. Elle sanctionnerait trop lourdement la commune, passée soudain du côté des riches contributeurs. Il dénonce la facture sociale, il accuse la passivité de l'Union de communes vaudoises (UCV). Saint-Berthélémy finira par récupérer son dû, mais le mal est fait.