Peter Hasler reprend avec effet immédiat la présidence du conseil d’administration de La Poste. L’ancien directeur de l’Union patronale suisse a été nommé par le Conseil fédéral mercredi en remplacement du démissionnaire Claude Béglé (LT du 20.01.2010). Ce dernier a pris la décision de quitter ses fonctions «dans l’intérêt de La Poste», selon le gouvernement.

Depuis le 1er juin 2006, Peter Hasler assume des mandats dans six conseils d’administration, dont trois en tant que président. Pour mener à bien ses nouvelles fonctions, il renoncera à deux de ces mandats, indique le Département fédéral de la communication dans un communiqué, sans toutefois préciser lesquels.

Peter Hasler est actuellement président du conseil de l’Hôpital universitaire de Zurich, de la Caisse suisse de voyage (Reka) et d’Elips Life, sise à Vaduz. Il est également vice-président de Sihldruck AG à Zurich et de SIZ (Schweizerisches Informatik Zertifikat). Il siège aussi au conseil de fondation du WWF Suisse.

Directeur de l’Union patronale suisse de 1993 à 2006, Peter Hasler «a su gagner une large reconnaissance, notamment dans le secteur du partenariat social», affirme le Conseil fédéral.

Le PS aux aguets

Le Parti socialiste a déjà réagi à cette nomination. Son président, Christian Levrat se dit «surpris par la rapidité avec laquelle le Conseil fédéral a trouvé un successeur à M. Béglé». Selon lui, le nouveau patron de La Poste doit faire ses preuves dans le partenariat social et s’impliquer dans un service public fort. «En tant que directeur de l’Union patronale, il a toujours été l’avocat d’une seule partie. A lui de démontrer qu’il sait entendre les syndicats et trouver avec eux des solutions».

Christian Levrat demande également au nouveau patron de La Poste un «éclaircissement sur sa position face au service public. «J’attends de lui qu’il mette en oeuvre une stratégie de service public fort et qu’il tourne le dos à la politique de réduction des prestations, de fermeture des bureaux de poste et de péjoration du service comme on a pu le voir ces dernières années.»

Radicaux satisfaits

Le président du Parti libéral-radical Fulvio Pelli se dit satisfait du choix de Peter Hasler à la tête de La Poste, «un homme qui a les sensibilités politiques qui lui permettront de gèrer une structure publique». Fulvio Pelli est également content que Peter Hasler ait été nommé rapidement.

Peter Hasler est «un homme de très grande expérience, je pense qu’il a la compétence et les capacités pour être un bon président», a indiqué mercredi à l’ATS Fulvio Pelli.

«Je ne sais pas quelles compétences il a dans La Poste, mais un président de conseil d’administration n’est pas celui qui doit tout connaître de La Poste, ce qui est important c’est qu’il sache gèrer un système», a ajouté le président du Parti libéral-radical (PLR).

«Dénigrement»

De son côté, Claude Béglé a tenu à expliquer «avec son coeur» les raisons de son départ. Devant la presse à Berne mercredi, il a évoqué une campagne organisée contre lui, sans pour autant met tre cette fronde sur le compte d’un «facteur romand».

«Avant mon entrée en fonction, il y avait déjà un front contre moi, qui n’a fait que s’accentuer», affirme-t-il. C’est pour faire revenir le calme au sein du géant jaune, une institution qu’il aime et en l’avenir de laquelle il croit, que le président a décidé de jeter l’éponge.

Deux facteurs principaux expliquent la campagne de dénigrement dont il a fait l’objet, selon le démissionnaire. Premièrement, une vieille garde rejetait clairement l’idée de «sang neuf au sein du conseil d’administration.»

Deuxièmement, les ex-régies fédérales ont une culture propre. «Ce que j’ai proposé, c’est justement un changement culturel auquel La Poste n’était pas préparée», explique le Vaudois.

Son ouverture sur l’étranger aurait ainsi choqué. «Pour moi, être entrepreneurial, ce n’est pas juste réduire les coûts: c’est mettre sur la table des idées innovantes», se justifie Claude Béglé. Ce dernier ne pense par contre pas qu’une dichotomie romands/ alémaniques ait joué un rôle majeur.

Lors de sa conférence de presse, Claude Béglé a tenu à «laver son honneur»: il a par exemple souligné que les 30 heures de travail hebdomadaire liées à son mandat en Inde représentaient pour un homme de «tempérament actif» comme lui bien moins qu’une activité à 50%. Et de concéder un «petit vice de forme»: Claude Béglé ne savait pas que ce temps de travail était censé toucher les «heures ouvrables».

Interrogé sur les conditions de son retrait, le président de La Poste a indiqué qu’il n’avait rien demandé et qu’il n’attendait aucun parachute doré. «Par contre, si on me donne quelque chose, je ne dirai pas non».

Claude Béglé s’est par ailleurs dit réjoui par la décision du Conseil fédéral, annoncée mercredi matin, de nommer à sa succession Peter Hasler. «Il faut une continuité, que la machine reparte vite», a conclu le Vaudois.