Conseil fédéral

Peter Hegglin, le papable qui ne voulait pas faire de politique

Dans la course à la succession de Doris Leuthard, il est l'un des deux candidats qui devraient figurer sur le ticket du PDC. Il a été un grand argentier solide à Zoug, avant d’avoir été discret au Conseil des Etats.

C’est un paradoxe: autant Peter Hegglin paraît discret, réservé et fuyant les feux de la rampe, autant il est déterminé à représenter la Suisse centrale au Conseil fédéral. Il est même le premier candidat à avoir créé spécifiquement un site internet pour y faire sa promotion. On l’y découvre aussi souriant que serein, prêt à jouer tous les atouts qu’il s’attribue: «la compétence, l’engagement, l’expérience et la crédibilité». Mais cet homme ambitieux est-il à la hauteur de son défi? Il a peiné à convaincre lors d’une première séance publique le 1er octobre dernier à Berne. Et de nombreux médias ont raillé ses compétences linguistiques lacunaires.

Ironie de l’histoire: en 2018, il vise le Conseil fédéral, alors qu’il avait promis à sa femme en l’épousant de ne jamais faire de politique! Après avoir suivi l’école d’agriculture de Marcelin (VD), ce paysan bio voulait se consacrer entièrement à son exploitation de 10 hectares, sur laquelle il produisait du lait et de la viande. Mais, très vite, il s’aperçoit qu’il doit s’engager pour une plus grande marge de manœuvre entrepreneuriale et une baisse de la charge administrative: «Je ne pouvais pas me contenter de faire le poing dans ma poche.»

Peter Hegglin est quelqu’un qui garde toujours les pieds sur terre. Il avance grâce à des solutions pragmatiques, qu’il a éprouvées à l’écoute des autres

Jacques Bourgeois, directeur de l’Union suisse des paysans

Dès 1990, il entre ainsi au Grand Conseil zougois et y devient chef du groupe PDC. Après avoir miraculeusement survécu lors du drame de la tuerie au parlement en septembre 2001, qui fait 14 victimes, en se terrant sous une table, il accède au Conseil d’Etat du premier coup. Comme aucun des anciens magistrats ne veut reprendre les finances – qui à l’époque sont mal en point –, il se retrouve parachuté à cette direction. Il sourit à l’évocation de ses débuts d’homme d’exécutif. «Un paysan aux finances? Tout le monde a pensé que cela n’irait jamais.» C’est oublier que Peter Hegglin habite Menzingen, la commune la plus pauvre du canton le plus riche de Suisse, et qu’il n’est pas homme à dilapider l’argent public. «J’avais de bonnes connaissances en comptabilité et cela s’est très bien passé.»

Il abaisse cinq fois les impôts

Durant sa période de grand argentier, il adopte une stratégie fiscale destinée à attirer de nouvelles entreprises. «J’ai abaissé cinq fois les impôts, pour les familles comme pour les entreprises.» Dopées par une bonne conjoncture et l’argent redistribué de la BNS, les finances cantonales retrouvent une santé éclatante. Le capital propre du canton passe de 195 millions à 1,2 milliard de francs.

«Peter Hegglin est quelqu’un qui garde toujours les pieds sur terre. Il avance grâce à des solutions pragmatiques, qu’il a éprouvées à l’écoute des autres», dit de lui le directeur de l’Union suisse des paysans, Jacques Bourgeois, qui l’a côtoyé non seulement au parlement, mais aussi au sein de la faîtière des agriculteurs, dont le Zougois a été vice-président de 1996 à 2002. Il avance au pas du montagnard, lent mais soutenu. Il affectionne d’ailleurs les longues randonnées. Cette année, il parcourt – par étapes – le chemin des crêtes du Jura. Parti du canton de Zurich, il est parvenu le 9 octobre dernier au Chasseral.

En 2015, Peter Hegglin fait ses adieux au Conseil d’Etat pour s’asseoir dans un siège du sénat à Berne. Il y reste fort discret, confortant sa réputation de politicien monothématique ne se passionnant que pour la politique financière. Il y fait une petite dizaine d’interventions, dont une grande majorité touchent ce domaine, sauf peut-être la plus spectaculaire: déviant de la ligne de son parti, il propose d’instaurer un âge de la retraite de référence en le liant à l’espérance de vie moyenne. De 65 ans, cet âge serait progressivement adapté pour éviter qu’il ne fasse un trop grand bond au moment du passage à ce système. «Il y va du contrat entre les générations. Il est injuste de faire porter la révision de l’AVS par les jeunes générations», dit-il.

Plus à gauche que Viola Amherd

«Je suis un politicien typique de centre droit, accordant le plus possible de libertés aux entreprises», déclare-t-il à la NZZ am Sonntag le jour où il y annonce sa candidature au Conseil fédéral. Pourtant, le classement des parlementaires auquel procède l’institut Sotomo ne confirme par cette affirmation. Bien au contraire! Lors du classement relatif à l’année 2017, Peter Hegglin y figure à gauche du centre (-1,3), soit plus à gauche que Viola Amherd (-1,1).


Les trois autres candidates du PDC:


Interrogé sur quelques thèmes d’actualité, Peter Hegglin se montre prudent: il ne s’oppose pas à des accords de libre-échange, que ce soit avec les pays d’Amérique latine du Mercosur ou avec les Etats-Unis. «Il faut négocier et ensuite évaluer les résultats», dit celui qui est aussi président de l’interprofession du lait. «Mais il faut tenir compte des exigences des consommateurs, qui ne veulent plus de produits OGM.»

Sur les relations avec l’UE, il est partisan d’une attitude ferme de la Suisse. Il dit oui à l’octroi d’un nouveau crédit de 1,3 milliard au titre de la cohésion, mais à condition que l’UE continue à accorder l’équivalence boursière à la Suisse. Il est prêt à soutenir un futur accord institutionnel, mais sans la reprise de la directive citoyenne et sans le nouveau système qui obligerait la Suisse à payer pour les frontaliers au chômage.

Peter Hegglin a beau avoir l’air d’un politicien de la vieille école, il a adopté les outils de la numérisation. «Ne vous moquez pas des paysans. Depuis vingt ans dans l’agriculture, chaque naissance de veau doit être saisie en ligne dans une banque de données de l’administration fédérale. D’autres branches ne peuvent pas en dire autant», remarque-t-il. De son côté, il commerce beaucoup sur le portail du site Ricardo.ch. «J’y ai déjà vendu un réservoir d’eau pour le chauffage, par exemple.»

Il faut donc suivre le progrès technologique: «Etre partisan du statu quo, c’est reculer», conclut-il.

Au Conseil fédéral, deux sièges à repourvoir

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