A Zurich, ce 2 février 2015, «Monsieur Ladner» a rendez-vous à l’hôtel Savoy avec le détective privé Peter K. (prénom d’emprunt). C’est la première que les deux hommes se rencontrent. Néanmoins, la glace est vite rompue. «Monsieur Ladner» a accepté le rendez-vous au nom d’une personne à qui Peter K. voue une confiance aveugle. Ce contact commun n’est autre que Willhelm Dietl, auteur et journaliste d’investigation allemand. Au cours des derniers mois, Peter K. – qui a eu de multiples casquettes – livrait en secret à Willhelm Dietl des données bancaires.

Jusqu’en 2010, Peter K a travaillé pour la division sécurité d’UBS. «Employé corrompu» de la banque, il vendait illégalement des données bancaires au service de renseignement allemand. Il aurait ainsi remis une liste de 7000 noms de clients de la banque russe Gazprom-Bank. Peter K. aurait reçu ces informations par des employés de l’organisation SWIFT. UBS a déposé plainte le 12 janvier 2015.

Ce lundi 2 février, les activités de renseignement de Peter K. s’arrêtent net. Le détective privé de 52 ans ignore qu’il s’entretient en tête-à-tête avec un agent infiltré du procureur fédéral de la Confédération. A l’issue de la rencontre, Peter K est arrêté, puis placé en détention provisoire. Il est libéré six semaines plus tard.

Le «TagesAnzeiger» relate la traque de cet agent double. Selon le quotidien alémanique, les enquêteurs fédéraux tentaient depuis le mois de janvier de mettre la main sur Peter K. Ce dernier a travaillé pendant 16 ans en tant qu’enquêteur pour la police de Zurich. Il était connu pour mener des dossiers difficiles.

Peter K. collaborait aussi officieusement comme informateur pour le Service de renseignement de la Confédération (SRC). C’est du moins ce qu’ont découvert les enquêteurs fédéraux lors de la perquisition du domicile de Peter K et l’analyse de son ordinateur, ainsi que de son téléphone portable. Ce matériel lui avait été remis par le SRC, qui «n’a pas désiré commenter l’affaire», souligne le «TagesAnzeiger». Jusqu’en 2010, Peter K a travaillé pour la division sécurité d’UBS. «Cadre corrompu» de la banque, il vendait illégalement des données bancaires au service de renseignement allemand.