Le forcené de Bienne fait tourner la moulinette: une police impuissante face à «Rambo». Et des internautes qui se mettent à délirer: «Plus fort que Chuck Norris», mieux que Ben Laden…

Le mystère s’épaissit. Et l’affaire dépasse désormais les frontières suisses, puisque même Le Monde, en plein combat contre l’Elysée, qu’il accuse de violation de la loi sur le secret des sources des journalistes, a trouvé le temps de s’y intéresser: «Un «mathématicien fou» de deux mètres court la campagne suisse armé d’un fusil, 300 agents des troupes d’élite à ses trousses. Résumé en une phrase, voici le fait divers qui tient en haleine la presse et l’opinion helvétiques depuis le milieu de la semaine dernière.»

20 Minutes France aussi se passionne pour le cas de Peter K. Où se trouve-t-il? «En ville? Dans la forêt? Personne ne le sait. Plusieurs centaines de policiers et de militaires sont mobilisés depuis pour le retrouver, avec hélicoptère et chiens. En vain.» Le journal gratuit, comme son homologue romand, relève aussi que «sur Internet, l’histoire amuse. Une page a été créée sur Facebook, réunissant déjà plus de 1300 fans.» Un groupe associé veut aussi soutenir le forcené, ce «local hero» qui ose défier l’Institution. Description du projet, pour le moins sommaire, sur le réseau social: «On est tous avec toi, Peter.»

De quoi faire s’emballer la machine à fantasmes et à railleries spontanées. Le Journal du Jura relate, par exemple, qu’«une vingtaine de membres des unités spéciales bernoises et argoviennes ont brusquement investi l’entresol de l’école primaire des Tilleuls. Visiblement sur les dents, les hommes cagoulés et armés ne semblaient guère enclins à faire causette avec les deux journalistes présents. «Ecartez-vous, ça pourrait être dangereux», grommelle l’un d’entre eux, sa mitraillette à la main. Des cris s’échappent du sous-sol. Le forcené va-t-il être arrêté sous nos yeux? A dix mètres de l’entrée de l’école, les juniors du FC Aurore arrosent les policiers de quolibets. «Rêvez pas, M’dame, c’est pas aujourd’hui qu’ils vont le choper, ces gros nuls!» Effectivement, l’opération se termine dix minutes plus tard sans aucune arrestation.»

«Plus fort que Chuck Norris », l’acteur américain à la virilité exacerbée, qui maîtrise les arts martiaux et use «de méthodes radicales pour résoudre les problèmes (à coups de poing, à coups de pied circulaires et autres bottages de cul)»: 20 Minutes Suisse se délecte également des «exploits» de l’homme dont «la traque fait délirer les internautes». Qui n’hésitent pas à admirer l’homme dont deux T-shirts à son effigie, où l’on peut lire «Catch me if you can» référence au titre de la comédie dramatique américaine de Steven Spielberg sortie en salles en 2002 – ont même été créés en vue d’une manifestation de soutien. «Plus pour mettre le doigt sur l’inefficacité de la police que pour saluer son geste», précise Daniel Magnenat, concepteur du vêtement. «Un retraité face à l’élite de la po­lice et il s’en sort. C’est incroyable!» s’amuse le jeune homme de 24 ans.

D’ailleurs, Le Matin titrait mardi «la police au cœur des critiques» et tentait de répondre aux mille et une questions non résolues qui entourent ce nouvel épisode de James Bond: «La police a-t-elle fait tout faux? Comment un retraité peut-il échapper à 260 policiers? La police est-elle préparée à ce genre d’opération? Pourquoi la police n’a-t-elle pas donné l’assaut? Pourquoi fallait-il déloger Peter K.? Pourquoi les psychologues n’ont-ils pas été consultés? Que fait la police pour corriger le tir?» Le quotidien lausannois tend aussi le micro à un pré-ado fasciné par ce temps jouant en faveur du sexagénaire, qui fait la nique aux forces de l’ordre. «Comment arrêter Ben Laden s’ils ne trouvent pas Peter?» lance [-t-il]. «Moi, si je croise Peter, je m’agenouille devant lui. Je l’admire. A 67 ans, c’est un Rambo qui lutte jusqu’au bout pour garder sa maison.»

Ce ton goguenard tranche avec les gros titres du Blick, qui parlent de «terrible angoisse» à Bienne. Le Bieler Tagblatt est, lui, plus mesuré, qui détaille l’action de cette police soumise à une rude «épreuve de patience», selon l’expression de la Berner Zeitung. Contre un fuyard que la lointaine Passauer Neue Presse qualifie de «malade mental en guerre contre l’Etat». Bientôt le film?