C'est l'homme de la situation. Depuis de longues années, Peter Siegenthaler gère les crises. Dans l'ombre. Et aujourd'hui, le numéro deux du Département fédéral des finances (DFF), figure clé à l'époque de l'affaire Swissair, se retrouve une fois encore au front. En tant que cheville ouvrière, cette fois-ci, du plan d'action pour épauler UBS, préparé conjointement par le Conseil fédéral, la Banque nationale (BNS) et la Commission fédérale des banques (CFB).

Gardien des deniers publics, l'influent patron de l'Administration des finances (AFF) le confirme d'ailleurs au SonntagsBlick: l'emprunt convertible de six milliards de francs, alloué par la Confédération à la plus grande banque du pays, c'est son idée. La préoccupation de Peter Siegenthaler? Que le «sauvetage» du numéro un bancaire helvétique ne coûte rien au contribuable et n'augmente pas la dette.

Et ce n'est pas la première fois, avec ce plan, que le haut fonctionnaire - pour qui l'Etat n'a pas à devenir actionnaire d'UBS - se retrouve en porte-à-faux avec son parti. Car Peter Siegenthaler, ex-bras droit de Kaspar Villiger, et aujourd'hui de Hans-Rudolf Merz, est socialiste. Socialiste dont le dévouement à l'Etat, où il est entré en 1982, a relégué la couleur politique au second plan.

Socialiste dont l'appartenance, en somme, n'est plus franchement déterminante. A l'instar, d'ailleurs, de ses compères et camarades d'étude de l'Université de Berne Ulrich Gygi et Benedikt Weibel. Le premier, actuel directeur de la Poste, fut son prédécesseur jusqu'en 2000 à la tête de l'Administration des finances et présidera dès 2009 le Conseil d'administration des CFF. Le second, ex-patron des Chemins de fer fédéraux, s'est vu confier la responsabilité de l'Euro 2008.

Fort de ses vingt-six années d'expériences à l'AFF, Peter Siegenthaler, né à Berne en 1948, se retrouve donc à nouveau au feu, à coordonner cette fois-ci le paquet UBS, avec la suppléante de Hans-Rudolf Merz aux Finances, Eveline Widmer-Schlumpf. Avant cela, le haut fonctionnaire au carnet d'adresses fourni - on y trouve l'ex-Monsieur Prix Rudolf Strahm, le secrétaire général de Moritz Leuenberger, Hans Werder, ou le directeur du travail au Seco, Serge Gaillard, - a été de plusieurs combats. Ainsi au milieu des années nonante, le Bernois fut notamment à l'origine, avec son ami et patron d'alors Ulrich Gygi, du nouveau mode de financement des Nouvelles lignes ferroviaires à travers les Alpes (NLFA). Une solution qui faisait moins recours à l'emprunt que celle préconisée par le ministre des Transports, l'UDC Adolf Ogi.

Mais Peter Siegenthaler a surtout joué un rôle clé après le naufrage de Swissair. Appelé en 2001 à sauver les restes du transport aérien helvétique, le haut fonctionnaire a pris les rênes de la task force fédérale, mise en place par Berne pour assurer la transition entre la défunte compagnie et la future Swiss. Et lorsque la Confédération - qui a injecté au total 2 milliards de francs dans le sauvetage de la compagnie aérienne - est entrée dans le capital de la nouvelle entité, Peter Siegenthaler a représenté les autorités dans le conseil d'administration de Swiss.

«Je suis persuadé, confiait-il en 2001 au Temps, que l'Etat devait jouer un rôle dans le cas de Swissair, mais il n'a pas à gérer une compagnie aérienne. Il devra se retirer dès que cela sera possible» (LT 08.11.2001). En 2005, une fois concrétisé le rachat de Swiss par Lufthansa, Peter Siegenthaler est sorti du conseil d'administration de la compagnie. Non sans reconnaître, quelque temps plus tôt, que des erreurs avaient été commises lors du lancement de Swiss: la société, avait-il confié à la radio alémanique, aurait dû être plus petite et plus modeste.