Catapulté en catastrophe et provisoirement à la tête de l'Institut universitaire de hautes études internationales (IUHEI) en octobre dernier, Peter Tschopp a été confirmé dans ses fonctions hier. Le Conseil exécutif de l'IUHEI, présidé par la responsable de l'Instruction publique genevoise (DIP), Martine Brunschwig Graf, vient de nommer le conseiller national radical au poste de directeur de l'Institut. Ainsi s'achève la période d'incertitude qui a suivi la défection du Français François Heisbourg, spécialiste réputé des questions stratégiques et de sécurité: après sa nomination, il avait renoncé au poste de directeur l'été dernier avant même d'entrer en fonction. A l'époque, il avait expliqué qu'il «n'avait pas reçu de garanties financières suffisantes de la part du DIP».

Changement «de donne»

L'Institut a donc renoncé à engager une star d'envergure internationale pour assurer le rayonnement des HEI et redorer l'aura de cette institution genevoise, qui au fil du temps, a un peu perdu de son lustre. Il faut dire que la nomination de François Heisbourg n'avait pas fait l'unanimité au sein de l'Institut: si certains professeurs saluaient l'arrivée de cet homme connu, au carnet d'adresses impressionnant, d'autres avaient ressenti cette nomination comme le parachutage d'une personnalité ne venant pas du sérail et n'ayant pas le titre de professeur. En fait, explique Jean-Claude Frachebourg, secrétaire général de l'IUHEI, «nous avons cherché une personnalité connue dans les milieux internationaux, mais nous n'avons pas trouvé la personne qui convenait. Et puis la donne a un peu changé: dans la conjoncture actuelle, avec le rôle accru que la Confédération entend jouer dans la politique académique, il nous fallait quelqu'un qui ait de solides contacts à Berne et connaisse bien le monde politique. C'est le cas de Peter Tschopp».

A 58 ans, le radical cumule deux parcours académique et politique. Après son doctorat en sciences économiques, il a été chargé de recherche à la Faculté des sciences économiques et sociales de l'Université de Genève, puis il est devenu professeur-assistant, professeur extraordinaire et ordinaire. Depuis le 1er octobre, il est en retraite anticipée. Parallèlement, il a été vice-recteur, directeur d'un département et doyen. Le tout en menant une carrière politique cantonale puis fédérale. Il siège au Conseil national depuis 1991.

Remuant et adepte du franc-parler, Peter Tschopp devra être un réformateur. Car les HEI sont au centre des projets de regroupement des instituts universitaires du canton actifs dans le domaine international. Aux côtés de l'IUHEI, l'Institut universitaire d'études du développement, feu l'Académie internationale de l'environnement et certaines filières de l'Université sont concernés. «Le secteur des études internationales est décousu, reconnaît Peter Tschopp, et nous nous sommes fait remettre à l'ordre par Charles Kleiber, le secrétaire d'Etat à la recherche. Un mandat a été donné, au recteur de l'Université notamment, pour remettre de l'ordre dans tout cela». Un projet est à bout touchant, il sera présenté en mai, annonce Peter Tschopp. L'idée est de pouvoir se faire reconnaître par les autorités fédérales comme pôle national de recherche dans le domaine international.

Dans les grandes lignes, il s'agit de créer «un réseau universitaire international de Genève» et de «mettre de la cohérence entre les diverses institutions concernées», selon le nouveau directeur des HEI. «Cohérence sur le plan académique d'abord en mettant en place un système de certification par crédit pour que les étudiants puissent optimaliser l'offre de formation.» Cohérence aussi entre les différents programmes de cours spécialisés. Le rassemblement des forces permettrait également de créer de nouvelles offres, comme un programme de droit humanitaire qui intéresse fortement le CICR. «Nous aimerions encore mettre sur pied une école diplomatique d'été. Elle pourrait accueillir les jeunes diplomates suisses et serait ouverte à l'ONU.» Certains enseignements de l'ancienne Académie de l'environnement pourraient être intégrés à ce réseau. Pour gérer et coordonner le tout, une nouvelle instance serait créée.

Des attentes

Aujourd'hui même, Peter Tschopp sera auditionné par la commission de l'enseignement supérieur du Grand Conseil genevois, présidée par le socialiste René Longet. La commission doit traiter d'une motion qui demande le regroupement des instituts voués à la recherche et à l'enseignement dans le domaine international. «Nous allons veiller à la mise en place d'un véritable réseau, lance René Longet. Il faudra une structure juridique contraignante qui garantisse la coopération. Car il ne faut surtout pas que les projets en restent au stade de la parlotte.»