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Ce petit chemin qui fait rêver les promeneurs au bord de l’eau

Gland (VD) vote sur un projet à 500 mètres du rivage. Des opposants le veulent sur la berge, sur des terres privées

A Gland, dans le canton de Vaud, il ne faut pas avoir peur des mots: la plage est laide. C’est une langue de béton au bord du Léman avec, en arrière-plan, un très long talus herbeux. Impossible d’y poser son linge de bain. Sur les quatre kilomètres de rives de la commune, les Glandois n’ont accès qu’à 60 ou 70 mètres. Le reste se trouve sur des terrains privés. Dans ce contexte, la population votera dimanche sur un projet de chemin à 500 mètres du lac. Un comité référendaire s’y oppose, estimant que le tronçon doit se faire au bord direct de l’eau, sur des parcelles privées.

Les chemins sur les rives, c’est un débat qui dure depuis des dizaines d’années. Partout. Dans toute la Suisse. En novembre 2010, la population de La Tour-de-Peilz (VD) acceptait à 54,8% une initiative pour un chemin de 2 km au bord de l’eau à 3,6 millions de francs. Brienz (BE) votait le même jour pour des aires de détente sur le rivage à 3,5 millions.

Après d’âpres négociations avec les propriétaires, le projet de la Municipalité de Gland contourne plusieurs gigantesques parcelles situées dans un cadre idyllique, avant de redescendre vers le lac. A un jet de pierre, on trouve la demeure du pilote de F1 Michael Schumacher. Pour le syndic Gérald Cretegny, ce projet et celui au bord du lac sont d’égale importance et sont menés en parallèle. Mais le tronçon lacustre prendra des années, car négocier avec des propriétaires privés est un travail particulièrement long. «Avec une attitude pragmatique, nous évitons à la population d’attendre 20 ans», explique l’élu de la formation Gens de Gland.

Avec 1700 signatures, le comité référendaire «Halte à la confiscation des rives glandoises» ne veut pas attendre. Afin de lancer les travaux du chemin lacustre, il faut d’abord s’opposer au tronçon prévu par la Municipalité. Le tracé ne doit contourner que la propriété de Michael Schumacher, selon les opposants. Comme le prévoit le plan directeur cantonal des rives du lac, sa berge est une zone naturelle protégée depuis des dizaines d’années.

Membre du comité référendaire, le socialiste Jean-Michel Favez en fait une question de principe: «Seuls 26% des rives de la région de la Côte sont accessibles au public; 56% entre Vevey et Villeneuve en passant par Montreux; et 92% entre Morges, Lausanne et Lavaux.» Porte-parole du comité, conseiller communal, député et vice-président du Parti socialiste vaudois, il ajoute: «Si la population vote non, cela montrera aux autorités du canton et des communes qu’elles doivent agir.»

Pour Walter von Wartburg, président de l’association Rives publiques, c’est au Conseil d’Etat d’agir: «Il n’applique pas la loi du marchepied, adoptée en 1926. Elle prévoit un espace libre de deux mètres sur toutes les rives. Il n’y a rien à négocier. Le canton défend l’intérêt des riches propriétaires.» Pour lui, les Vaudois sont attachés à un libre accès des rivages. Un exemple, selon lui: ils ont refusé, en 2008, le Musée des Beaux-Arts de Bellerive, prévu au bord du lac à Lausanne.

Membre de Gens de Gland, l’avocat Gilles Davoine fait partie du «Comité pour la vérité sur les rives glandoises», en soutien à la Municipalité. «La loi sur le marchepied ne concerne pas le grand public, mais seulement les pêcheurs et les bateliers, explique-t-il. Elle permet même aux propriétaires de s’opposer au passage de toute autre personne. Je n’ai aucun problème avec un chemin au bord du lac, mais il faut réfléchir à la façon de le faire.»

Une manière de brosser de riches contribuables dans le sens du poil? Non, répond Gilles Davoine. «Il s’agit d’éviter que les propriétaires mettent les pieds aux murs, si on leur impose un chemin au bord du lac. Pour négocier intelligemment, il faut aller par petits pas, et non pas frontalement. Une expropriation coûterait cher et durerait plusieurs années.»

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