Ma semaine suisse

Le Petit Chose

«Noble cœur, mais en butte à l’antipathie universelle!» Le ministre de l’Economie Johann Schneider-Ammann vient encore de vivre une semaine pénible avec son message sur la promotion économique et l’ouverture dominicale des centres commerciaux, vendus, un peu exagérément, comme une réponse aux conséquences du franc fort.

Quoi qu’il dise ou fasse, le ministre restera le souffre-douleur de la politique fédérale. Son effacement naturel, son langage corporel, le rythme de son expression, tout nous ramène à l’une de nos lectures d’enfance, Le Petit Chose, d’Alphonse Daudet. Dans le regard inquiet du conseiller fédéral bernois jeté dans la fosse aux journalistes, on croirait deviner parfois l’angoisse du petit maître d’études du collège de Sarlande face à ses «méchants drôles»: «C’est si terrible de vivre entouré de malveillance… de douter, de voir partout des pièges, de se dire toujours, même aux minutes de trêve: «Ah! Qu’est-ce qu’ils vont me faire maintenant?»

Car au lendemain de la présentation des mesures destinées à améliorer l’emploi de la main-d’œuvre indigène, les titres de la presse ont été pour le ministre tout aussi cruels que les rires au nez des gamins de Sarlande: «Fessée pour Schneider-Ammann», «Le ministre de l’Economie isolé», «Schneider-Ammann: l’art de ne rien risquer». Et même ceux qui pensaient prendre sa défense, comme le président du PLR, Philipp Müller, l’enfonçaient. «Johann Schneider-Ammann a fait beaucoup de progrès depuis son élection au Conseil fédéral», a ainsi lâché le chef de file PLR à 24 heures. C’est assommer le noyé avec la bouée de sauvetage.

Il est vrai que ceux qui espéraient découvrir chez l’ancien patron du groupe Ammann l’âme d’un manager de crise auront été déçus. Il y a eu d’abord ces propos maladroits laissant penser qu’il soutenait d’inévitables baisses de salaires. Et cette communication mal assurée, ce débit haché, ces phrases qui ne semblent jamais achevées, ces mots qui ne viennent pas. Mais, sur le fond, que lui reprocher?

Plutôt que de nous mêler au chahut des galopins, il nous prend l’envie de nous porter au secours d’un ministre que le manque d’assurance face aux caméras rend plutôt sympathique. D’abord parce que les critiques sur l’inconsistance des mesures destinées à améliorer l’emploi indigène se trompent de cible. Ce qui est en cause, c’est un régime qui interdit au ministre de l’Economie tout moyen réel d’intervention.

Dans le système libéral et fédéraliste, les problèmes se règlent d’abord entre partenaires sociaux pour ce qui touche aux horaires de travail ou aux salaires. Et à l’échelle des cantons pour ce qui est de la fiscalité, de la formation professionnelle, notamment du personnel soignant, ou de la promotion économique.

On ne voit pas, par exemple, quelle mesure parmi les quatre propositions de la gauche pourrait être mise en vigueur par le Conseil fédéral seul. Ce qu’il pouvait décider rapidement, l’accès facilité au chômage partiel, a été fait. Un programme conjoncturel? Son efficacité est déjà contestée et, sans connaître les secteurs qui souffriront du franc fort, c’est prématuré.

Enfin, il n’échappera à personne qu’en période électorale, Johann Schneider-Ammann, moins populaire que Didier Burkhalter, est le point faible du Parti libéral-radical. Même si ses jours au Conseil fédéral ne sont pas vraiment menacés, il est tentant pour les partis concurrents d’utiliser sa faiblesse pour se profiler. Ou, pour la gauche, d’en faire le symbole de l’incapacité de l’Etat en matière économique.

C’est si terrible de se dire toujours, même aux minutes de trêve: «Qu’est-ce qu’ils vont me faire maintenant?»