A la veille du congrès socialiste à Lugano, on ne prend pas trop au tragique, au sein du PS, la virulente agression de l’ancien président des Jeunes socialistes (JUSO) et conseiller national Cédric Wermuth, qui accuse le président du PS, Christian Levrat, de «s’être couché devant la droite» en acceptant de débattre des thèmes imposés par les partis bourgeois, en l’occurrence la question des migrations, de la libre circulation et de l’asile. «Ces coups de gueule font partie du folklore des congrès; il s’agit pour chacun de marquer médiatiquement ses positions avant d’être noyé dans le débat-fleuve», assure un membre du comité directeur du PS.

Christian Levrat et Cédric Wermuth ont posé le cadre du débat qui mobilisera les quelque 600 délégués durant deux jours. Comme souvent au PS, on va s’écharper sur les grands principes et sur les valeurs, sur les mots et les sous-entendus; on verra s’affronter les progressistes et les réformistes. Mais au final, comme le rappelle joliment la NZZ au sujet du programme du PS, le papier se laisse écrire, «le dépassement du capitalisme est pour les socialistes ce qu’est l’Immaculée Conception pour les catholiques».

Il n’empêche, les déclarations tonitruantes de Cédric Wermuth dans le quotidien Blick , qui réagissait à une interview de Christian Levrat dans Le Temps , ne sont pas passées inaperçues. En lisant l’interview du président du PS, «certains ont eu le sentiment que Christian Levrat avait durci le ton envers les migrants, qu’il ne s’agissait que de durcir les conditions de l’asile», regrette Arnaud Bouverat, secrétaire général du PS vaudois. Alors que le document de quelque 80 pages sur la politique migratoire, sur lequel débattra le congrès dès samedi, est bien plus modéré, insiste sur des valeurs et des politiques auxquelles la majorité des partis cantonaux pourrait adhérer. Cédric Wermuth craignait que «l’on rende les étrangers responsables de tout».

Une fois l’entrée en matière obtenue, ce qui n’ira pas de soi, le PS devrait pouvoir dégager de fortes majorités sur une feuille de route proche du document de travail. Avec quelques points d’accrochage, comme la question de la durée de l’aide d’urgence au lieu de l’aide sociale. Mais au final un document plutôt consensuel sur les valeurs de gauche.

Même dans les deux duels pour l’élection aux deux vice-présidences vacantes, le choix dépendra moins de l’opposition entre réformistes et modérés que du poids des réseaux, de l’équilibre hommes-femmes, dit-on à la direction du PS. Pour le siège laissé vacant par l’Argovienne Pascale Bruderer, deux candidats alémaniques sont opposés, l’ancien maire de Bienne et conseiller aux Etats Hans Stöckli, et la conseillère nationale saint-galloise Barbara Gysi, ancienne conseillère d’Etat. Plus âgé, Hans Stöckli passe pour un représentant de l’aile libérale, qui redoute de ne plus avoir de représentant à la direction, alors que Barbara Gysi se situe elle-même au centre gauche. Leurs différences politiques ne sont pourtant pas si évidentes. Tous deux ont une expérience de l’exécutif. Barbara Gysi est moins connue sur la scène fédérale que le très populaire ancien maire de Bienne.

Pour le siège laissé vacant par le Valaisan Stéphane Rossini, deux Romands sont en lice, la conseillère aux Etats Géraldine Savary et le conseiller national genevois Carlo Som­­ma­ruga. Un peu plus centriste que son collègue genevois, mais bien à gauche, Géraldine Savary, plus pragmatique, devra affronter un concurrent sérieux: secrétaire général des locataires, très marqué à gauche, engagé sur les droits de l’homme et l’aide au développement, mais à qui son caractère entier et intransigeant peut jouer des tours. Là encore, l’élection dépendra de l’issue du match Stöckli-Gysi. Si le Biennois venait à être élu, les chances de Carlo Sommaruga seraient nulles. A l’opposé, l’élection de Barbara Gysi rendrait dif­ficile celle de Géraldine Savary, puisque les trois autres vice-présidences sont détenues par la Zurichoise Jacqueline Fehr, la Tessinoise Marina Carrobio et le représentant des JUSO David Roth.

Mais, prévient un membre du comité directeur, si ces élections permettent surtout d’associer la diversité des courants à la marche du parti, elles restent dénuées d’enjeu stratégique. Christian Levrat, qui a annoncé vouloir mener le parti jusqu’aux prochaines élections de 2015, a en effet le PS bien en main depuis les succès électoraux engrangés l’an dernier.

Christian Levrat, qui veut mener le parti aux prochaines élections de 2015, a le PS bien en main