Par nécessité surtout, une idée fait son chemin. Sans enthousiasme débordant toutefois. Une majorité (58%) des 295 000 habitants des cantons de Neuchâtel, du Jura et du Jura bernois est acquise au projet de fusionner les régions pour constituer un canton de l’Arc jurassien. Si possible en y intégrant la ville bilingue voisine de Bienne. Avec Neuchâtel comme capitale.

C’est l’enseignement d’un sondage publié ce jeudi par la RSR et les quotidiens régionaux L’Express, L’Impartial, Le Journal du Jura et Le Quotidien jurassien, réalisé du 4 au 10 janvier 2010 par l’Institut M.I.S. Trend à Lausanne auprès de 1000 personnes de la région concernée (l’avis des Biennois n’a pas été requis).

Relancé en avril 2009 par Jean Studer dans Le Temps, le projet de fédérer un vaste territoire morcelé de 2200 km2 allant du Val-de-Travers à l’Ajoie et des lacs de Neuchâtel et Bienne à la frontière française suscite un engouement modéré. Seuls 18% des sondés y adhèrent sans retenue ; 40% sont « assez favorables ». Un tiers n’en veut pas (35%) et, étonnamment, seuls 7% disent ne pas avoir d’avis, alors que ce sujet ne semble pas constituer une préoccupation du moment dans la population et les cercles politiques.

Jurassiens les plus « chauds »

Ecartelés par la Question jurassienne, les Jurassiens du Nord et du Sud sont coutumiers des interrogations liées aux modifications territoriales. C’est par contre la première fois qu’on demande aux Neuchâtelois s’ils sont disposés à fondre leur canton dans un ensemble plus vaste. L’accueil y est favorable, à 53%, dont 14% d’avis très positifs et 39% d’ « assez favorables ». Etonnamment, les Neuchâtelois du Bas montrent davantage d’ouverture (56%) que ceux des Montagnes (50%). Ce sont les Jurassiens du canton, à 67%, qui disent être les plus enclins à vivre dans un canton de l’Arc jurassien. Le projet obtient 55% de soutien dans le Jura bernois, ce qui impliquerait pour cette région de quitter le canton de Berne.

La capitale de ce canton fusionné ? A l’unanimité ou presque : la Ville de Neuchâtel. Même les Jurassiens la préfèrent à Delémont. Si les habitants de l’Arc jurassien sont « tièdes », disant un « oui mais » - certainement faute d’informations concrètes et d’absence de véritable débat interne - à un ménage cantonal à trois, ils donnent par contre un signal clair en faveur de fusions des communes à large échelle. Comme l’Assemblée interjurassienne, ils soutiennent le plan des trois communes par Jura et six pour Neuchâtel, à 63% dont 25% sans ambiguïté. Les « conservateurs » ne sont que 31%.

Et si le canton de l’Arc jurassien ne devait pas se réaliser, faudrait-il malgré tout réunifier les Juras ? Non, disent les sondés. Dans toutes les régions, même dans le canton du Jura, à 57%. Le Jura bernois rejette ce projet à 69%.

Déroutant : les trois journaux régionaux, associés pour mener le sondage, en font ce matin une lecture diverse. Les quotidiens neuchâtelois sont ravis du résultat, mettant en avant l’ « identité jurassienne » de la région, avec Neuchâtel pour capitale. A Delémont, le Quotidien jurassien met en exergue le « fossé entre l’intention et la réalisation » d’un tel projet. A Bienne enfin, le Journal du Jura estime qu’ « il n’y a rien de nouveau », tablant sur un statu quo structurel à moyen terme.