Le saint-bernard, emblème de la Suisse, est-il servi sur assiette dans les restaurants de Chine? C'est en tout cas ce que soutient l'association SOS saint-bernard, qui a déposé lundi à la Chancellerie fédérale une pétition signée par 11 000 propriétaires et éleveurs de cette race à travers le monde. Les pétitionnaires demandent au Conseil fédéral d'intervenir auprès des autorités chinoises pour qu'elles mettent fin à cette pratique. L'an passé, Brigitte Bardot avait même écrit à Adolf Ogi pour inciter le président de la Confédération à intervenir. Les éleveurs, quant à eux, nient avoir participé à ce trafic.

Photos à l'appui, l'association, dont le siège est à Genève, dénonce les traitements cruels subis par les chiens dans les abattoirs chinois. Selon Eléonore Moser, présidente de SOS saint-bernard, les animaux seraient dépecés vivants et pendus, «afin que leur taux d'adrénaline, aux vertus aphrodisiaques, augmente.»

Les saint-bernard auraient la cote dans les restaurants chinois. «Pour eux, c'est du caviar canin», affirme Eléonore Moser. Leur chair serait tendre et savoureuse. De surcroît, avec ses 60 à 90 kg à l'âge d'un an, ce chien serait très rentable sur le plan commercial. «Cela fait quatre ans que le marché du saint-bernard est apparu en Chine. Il est promis à un bel avenir, car la viande est présentée comme un label de qualité, de surcroît d'origine suisse», dénonce la présidente de l'association. Eléonore Moser explique sa démarche par le fait que «si, par le passé, le saint-bernard a sauvé des vies, c'est à nous aujourd'hui de sauver les saint-bernard. Et puis, il symbolise la Suisse, et on ne peut laisser son nom figurer sur les cartes de restaurant.»

«C'est scandaleux, enchaîne Renée Dumont, membre du Club romand des éleveurs de saint-bernard. Les Chinois ont un engouement pour cette race, et on apprend que c'est pour leur casse-croûte.» Selon Eléonore Moser, rien n'indique que les saint-bernard qui arrivent en Chine proviennent exclusivement de Suisse, «car ce chien vit partout dans le monde. Maintenant il y en a assez là-bas pour y assurer de grands élevages.»

Les éleveurs affiliés au Club suisse affirment n'avoir jamais été mêlés à ce trafic. Pour Bernard Léger, responsable du chenil de l'Hospice du Grand-Saint-Bernard à Martigny, les filières d'approvisionnement concernent le marché parallèle. «Tous les chiots que nous vendons ont un pedigree, des papiers et sont certifiés par le Club suisse. Ils coûtent environ 1800 francs l'unité. En revanche, par l'intermédiaire de petites annonces, des particuliers vendent des chiots sans papiers, et pour 300 à 500 francs seulement. Ce sont eux qui approvisionnent ce marché.»

L'éleveur valaisan n'a pas une position aussi tranchée que l'association à propos de la consommation de saint-bernard en Chine. «Il faut respecter les habitudes alimentaires des autres, estime Bernard Léger. En Amazonie, les Indiens mangent des asticots, tandis que nous mangeons du poulet. En revanche je suis choqué par les traitements infligés aux chiens.»