L’avocat, le comptable des HUG et les petits forfaits

Genève Le duo conteste toute malversation

C’est un peu l’arroseur arrosé. Un avocat de la place, spécialiste du droit fiscal et pourfendeur des errements financiers de l’Etat, se retrouve poursuivi pour s’être enrichi au détriment des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Il n’est pas seul dans son malheur pénal. Le responsable du service des comptabilités de l’institution est aussi prévenu dans cette affaire qui porte sur la facturation très peu transparente des honoraires forfaitaires liés aux sommations et autres réquisitions adressées à la masse des débiteurs. Le duo conteste toute gestion déloyale des intérêts publics.

Douze minutes à 42 francs

Le ciel leur est tombé sur la tête en début de semaine passée. Des perquisitions ont été menées à l’étude de l’avocat et au domicile du comptable, déjà suspendu et privé de salaire. Tous deux ont été conduits dans la foulée à l’hôtel de police de Carl Vogt où ils ont passé la nuit avant d’être auditionnés, confrontés et, enfin, laissés libres.

C’est une dénonciation de la Cour des comptes, agrémentée d’une plainte des HUG, qui a mis en mouvement le procureur Stéphane Grodecki. Les faits incriminés se sont déroulés entre 2007 et 2015. La RTS a évoqué lundi le versement d’honoraires à hauteur de 40 millions de francs pour cette période. De source bien informée, la part du préjudice subi serait toutefois moins élevée.

Selon les premiers éléments de l’enquête, le service des comptabilités a fait appel à cet avocat en lieu et place des instituts de recouvrement qui faisaient la chasse aux mauvais payeurs (environ 25 000 dossiers par an) avec un coût et une efficacité jugés discutables. L’idée était aussi, à terme, de mettre en place une procédure interne aux HUG pour cette montagne de litiges. Mais le provisoire s’est prolongé au sein d’une institution qui n’était pas forcément très regardante sur ses dépenses. Carnotzet de luxe et chauffeur à plein-temps pour la direction ont déjà illustré cette culture.

Durant des années, l’homme de loi a ainsi encaissé des honoraires pour des documents établis et imprimés par les HUG. Selon les explications fournies, un montant forfaitaire de 42 francs était facturé pour chaque cas avec une durée de travail estimée en gros à douze minutes. «Mon client nie catégoriquement toute malversation et est fermement décidé à démontrer son innocence», explique Me Saverio Lembo.

Quant au chef de service, il s’estime victime d’une chasse aux sorcières. «Il n’a jamais rien caché à personne. Ce système a coûté moins cher et rapporté plus à l’hôpital que le recours à un institut de recouvrement», souligne son défenseur, Me Nicolas Jeandin. Le travail de bénédictin se poursuit pour comprendre les rouages de cette immense machine.