Conseil fédéral

Petra Gössi: «Le bloc PLR-UDC n’est pas si uniforme que ça»

La présidente du PLR critique vertement les syndicats pour leur attitude dans le dossier européen. «Elle n’est pas suisse», critique-t-elle en lançant au passage des piques contre les dirigeants socialistes et l’UDC

La présidente du PLR, Petra Gössi, a vécu une folle semaine, ponctuée par les démissions successives de Johann Schneider-Ammann et Doris Leuthard, par des décisions partielles du Conseil fédéral sur l’Europe, par l’annonce d’un référendum des Verts contre le projet fiscal/AVS et par un positionnement clair des délégués de son parti contre l’initiative de l’UDC sur l’autodétermination (293 voix contre 10). Elle livre son analyse et ses objectifs pour les mois à venir.

Le Temps: Le PLR et l’UDC détiennent quatre sièges sur sept au Conseil fédéral. Le gouvernement n’est-il pas trop à droite?

Petra Gössi: Depuis l’élection d’Ignazio Cassis, le Conseil fédéral a effectivement pris quelques décisions qui penchent davantage de notre côté. Le PLR et l’UDC ont des positions identiques en politique financière. Mais nous avons des divergences sur d’autres sujets, comme la politique européenne. L’UDC veut en revenir aux contingents alors que le défi posé à l’économie aujourd’hui exige d’autres solutions. Le bloc PLR-UDC n’est donc pas si uniforme qu’on le dit.

Cette majorité est composée de quatre hommes qui pensent de la même manière. Cela peut influencer certaines décisions qui sont ensuite remises en question par le parlement, comme celle qui concerne l’exportation de matériel de guerre. Ne faut-il pas profiter de la double vacance pour rééquilibrer les sensibilités au sein du Conseil fédéral?

Il est important que le Conseil fédéral soit composé de personnalités compétentes, qui cherchent des solutions communes pour la Suisse. Nous sommes persuadés de pouvoir présenter une candidature de grande valeur. Et, comme je l’ai dit, à titre personnel, je trouverais bien que ce soit une femme.

Auriez-vous préféré que Johann Schneider-Ammann reste jusqu’à la fin de la législature afin que la campagne pour sa succession accentue la visibilité du PLR au moment des élections fédérales?

Nous avons souvent évoqué avec lui les scénarios possibles. Il a fait son choix et nous en prenons acte. La période qui précède les élections fédérales sera de toute façon très chargée.

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Dans son programme politique, le PLR défend «une Suisse forte et souveraine». Ne devrait-il pas logiquement soutenir l’initiative de l’UDC pour l’autodétermination?

L’initiative ne contribue pas à clarifier le rapport entre le droit national et le droit international. Bien au contraire. Elle mène à une grande insécurité juridique. Je suis satisfaite que les délégués du PLR se soient exprimés de manière très claire contre cette initiative. La pratique actuelle fonctionne dans l’ensemble. Il convient d’améliorer la légitimité des accords internationaux, par exemple avec un référendum obligatoire pour certains types de traités internationaux. La pratique du Conseil fédéral doit aussi être adaptée afin qu’il propose au parlement uniquement des traités qui sont dans l’intérêt de la Suisse.

Comment expliquez-vous l’indécision du Conseil fédéral sur la poursuite de la politique européenne et la conclusion d’un accord-cadre?

C’est avant tout la faute des syndicats. Ils ont refusé toute discussion sur les mesures d’accompagnement. Ce n’est pas suisse. Le niveau de protection doit être préservé. Mais cela ne veut pas dire que la règle des huit jours est intangible. Elle a été définie à une époque où il n’y avait ni téléphones portables ni applications numériques, qui peuvent simplifier les procédures sans abaisser le niveau de protection. Le Conseil fédéral doit continuer de négocier jusqu’à ce qu’il ait trouvé un accord avec l’UE. Mais il est exclu de conclure un accord sans les mesures d’accompagnement.

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Ignazio Cassis n’a-t-il pas inutilement provoqué les syndicats?

Ces règles sont un problème et il faut en discuter. La manière de communiquer ne change pas grand-chose. C’est une affaire du Conseil fédéral dans son ensemble. Il n’a pas été capable de se décider pendant des semaines. Or, c’est le rôle du président de la Confédération de faire en sorte que des décisions soient prises. Mais j’observe que le PS, qui tire sur nos conseillers fédéraux, n’a pas de position propre sur ce sujet. Il ne fait que s’aligner sur celle des syndicats.

Pourquoi faut-il soutenir le projet qui unit la réforme fiscale des entreprises et le financement de l’AVS?

Nous avons retenu un enseignement du rejet de la troisième réforme de l’imposition des entreprises: là où une compensation sociale a été prévue, comme dans le canton de Vaud, de tels projets sont mieux acceptés. Nous avons rapidement besoin d’une solution qui soit capable de convaincre une majorité afin de préserver l’attractivité de la place économique suisse. Celle qui est proposée consolide financièrement l’AVS sans étendre le champ des assurances sociales. Mais une réforme fondamentale des retraites reste nécessaire. Je regrette que, dans cette affaire, l’UDC fasse de la politique partisane et ne soit pas prête à soutenir un compromis.

Christian Levrat dit qu’avec ce «paquet», le relèvement de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans n’est plus à l’ordre du jour.

Il se trompe. Il ferme les yeux sur un problème grave: l’AVS doit être assainie durablement. Ce projet ne résout que 40% des problèmes financiers à long terme. Des mesures structurelles et axées sur les dépenses sont nécessaires.

En 2015, le PLR a obtenu de bons résultats électoraux, passant de 15,1% en 2011 à 16,4%, alors que le nombre de députés dans les parlements cantonaux est monté de 525 en 2015 à 574 aujourd’hui. Quels sont vos objectifs pour les élections fédérales de 2019?

Nous devons ces bons résultats à la mobilisation de notre base, qui n’hésite pas à aller dans la rue. Nous avons pour objectif de croître et de dépasser le Parti socialiste.

Vous avez aussi progressé en Suisse romande. Mais il y a maintenant l’ombre des affaires, en particulier celle de Pierre Maudet mais aussi Pascal Broulis. Ne craignez-vous pas un dégât d’image pour le parti?

Je rappelle qu’il y a toujours la présomption d’innocence. Ce qui est important pour moi, c’est que les gens reconnaissent les valeurs chères à notre parti. Il peut arriver que quelque chose ne fonctionne pas comme nous le souhaiterions. Pierre Maudet n’a pas communiqué toute la vérité et cela ne correspond pas à nos valeurs. Mais c’est une affaire genevoise. Le climat est très bon dans le parti, notamment dans nos sections romandes.

Où en est votre apprentissage du français?

Depuis mon accession à la présidence il y a deux ans, j’ai pris des cours de français. Mais je continue de parler en allemand lorsque je dois être très précise, comme lorsque je me suis exprimée sur Pierre Maudet. Cela dit, je vais continuer à m’améliorer.

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