Retraites

Petra Gössi met les pieds dans le plat de l’AVS

Le PLR se prononce samedi sur la Prévoyance vieillesse 2020. Aucun doute: ce sera non. Pour avoir pris pour cible les retraités exilés, la présidente du parti, Petra Gössi, suscite la colère du comité bourgeois favorable à la réforme

Le PLR a tout mis en œuvre pour qu’un non le plus net possible ressorte de ses délibérations ce samedi à Granges (SO). Réunis en assemblée des délégués, les libéraux-radicaux vont recommander de rejeter la réforme des retraites. L’intitulé ne laisse planer aucun doute: «Non à la réforme de la Prévoyance vieillesse 2020», lit-on sur le carton d’invitation. Et le récit des discussions parlementaires figurant sur le bristol est du même acabit: la réforme a été «imposée sans concession» par le centre et la gauche, elle a le même effet sur les finances de l’AVS qu’un «tremplin face à une piscine vide», elle est «injuste», etc.

Les rentes versées à l’étranger critiquées

Le PLR est même prêt à ajouter les couches nécessaires pour obtenir de sa base un non sec et sonnant. Dans Blick, la présidente Petra Gössi s’en est prise aux rentes versées à l’étranger. Interrogée sur les statistiques de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS), qui montrent que 32% des bénéficiaires de l’AVS vivent hors de Suisse et perçoivent 13% des rentes, elle s’est indignée que ces personnes «ne créent pas de valeur en Suisse, n’y paient pas d’impôts et n’y consomment pas. Cet aspect doit être expliqué à la population, il montre de manière exemplaire à quel point la réforme est injuste», a-t-elle dit.

Selon les chiffres de l’OFAS, 244 000 rentiers AVS (italiens ou suisses) vivent en Italie, 126 000 en Allemagne, 117 000 en Espagne et 89 000 en France. Ils ne profiteront pas des 70 francs. Néanmoins, selon l’OFAS, la part des retraités exilés passera à 35% d’ici à 2030 et ils absorberont 15% des rentes.

«Ils ne savent pas ce qu’ils disent»

Ces déclarations ont mis le feu aux poudres. Les membres du comité de droite favorable à la PV 2020 s’étranglent. A commencer par l’ancienne conseillère aux Etats Christine Egerszegi. Membre du PLR, elle avait été, avec le PDC Urs Schwaller, l’architecte du compromis qui a donné naissance au projet soumis au vote le 24 septembre. «Nous, libéraux, ne devons pas prescrire aux retraités l’endroit où ils doivent vivre. Cet argument porte atteinte à la solidarité. Que les retraités vivent ici ou à l’étranger, ils ont apporté leur contribution et ont droit à leur rente», fulmine-t-elle. Citant un slogan rappelant que le PLR soutient «la liberté de choisir son mode de vie», le porte-parole du PDC Michaël Girod ironise sur Twitter: «Un idéal n’a que peu de valeur s’il n’est pas mis en pratique.»

Coprésidente du comité interpartis, Ruth Humbel (PDC/AG) n’est pas plus tendre avec Petra Gössi: «Ceux qui défendent cette thèse ne savent pas ce qu’ils disent. Le PLR a demandé que, au lieu d’accorder 70 francs par mois à chaque nouveau rentier, on augmente les rentes minimales. Or, 70% de ceux qui en auraient profité vivent hors de Suisse.» Petra Gössi ne le dément pas et dit que cela ne l’aurait pas dérangée. Elle assure ne rien avoir contre les étrangers, mais dit combattre une réforme arrosoir.

Milieux patronaux divisés

Au parlement, le PLR a fait bloc. Seul le conseiller aux Etats Raphaël Comte (NE), qui a rejoint le comité de soutien, a voté en faveur de la PV 2020 alors que, au Conseil national, deux téméraires, Jacques Bourgeois (FR) et Laurent Wehrli (VD), ont eu l’audace de s’abstenir. Ce samedi, tout semble verrouillé pour que le parti soit le plus compact possible.

Tel n’est toutefois pas le cas des organisations patronales, pourtant proches du PLR. Alors que l’Union patronale suisse (UPS) et economiesuisse combattent la réforme, la Fédération des entreprises romandes (FER), le Centre patronal (CP) et la Chambre vaudoise de commerce et d’industrie (CVCI) recommandent le oui. «Cette réforme est un premier pas modeste, imparfait et insuffisant. Mais la configuration politique annonce la possibilité d’un succès populaire», argumente le directeur du CP, Christophe Reymond, coprésident du comité, qui rappelle les échecs des précédentes réformes isolées (onzième révision de l’AVS en 2004, baisse du taux de conversion en 2010). Pour lui, le verre est à moitié plein et justifie un oui le 24 septembre. Pour le PLR, le verre est à moitié vide et justifiera un non.

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