Référendum

Le peuple votera sur la Stratégie énergétique 2050

La réforme qui montre comment la Suisse remplacera progressivement le nucléaire par d’autres ressources énergétiques est combattue par l’UDC et quelques faîtières économiques

Le référendum contre la Stratégie énergétique 2050 (SE 2050) sera en priorité porté par l’UDC et par son leader historique Christoph Blocher. Le comité directeur a confirmé vendredi qu’il combattrait cette réforme dans les urnes. L’engagement de plusieurs organisations économiques l’a convaincu de franchir le pas.

Si economiesuisse, l’Union suisse des arts et métiers (USAM) et Scienceindustries (faîtière de la pharma et de la chimie) ne s’associent pas au référendum, d’autres groupements le soutiennent: Swissmem (industrie des machines), GastroSuisse, Swiss Plastics, Swissoil (négociants en combustibles), l’Association suisse des transports routiers (Astag), Auto-Suisse, ainsi que la Ligue des contribuables, l’Action pour une politique énergétique raisonnable (AVES), Paysage libre Suisse et l’association Réaction en chaîne. D’autres pourraient suivre: ainsi Swissmechanic décidera d’ici à la fin du mois, selon son directeur Oliver Müller, alors que l’USAM pourrait encore changer d’avis si la Chambre suisse des arts et métiers, qui est son «parlement», le décide.

Un libéral-radical et un PDC

Sur le plan politique, le référendum est essentiellement porté par l’UDC. Mais les Jeunes libéraux-radicaux le soutiennent également et le Genevois Benoît Genecand, l’un des 14 parlementaires PLR (sur 46) à avoir voté contre la SE 2050, fait partie du comité référendaire, tout comme l’ancien conseiller national PDC Arthur Loepfe. La direction du PLR a cependant fait savoir vendredi qu’elle ne soutenait pas le référendum.

Pour le président de l’UDC Albert Rösti, qui préside aussi l’AVES, «ce projet n’est ni sûr, ni économique, ni écologique. C’est un grand paquet de redistribution de subventions qui coûtera cher aux PME et aux ménages et qui nécessitera l’importation de courant étranger produit à l’aide de charbon ou de nucléaire français», critique-t-il. «Les énergies renouvelables ne suffiront jamais à remplacer la production des centrales nucléaires suisses d’ici à 2035», renchérit Benoît Genecand.

La facture présentée par l’UDC paraît en effet colossale. La Stratégie énergétique 2050 coûterait selon elle 200 milliards de francs au total et renchérirait la charge des ménages de 3200 francs par an. Pour parvenir à ce calcul, elle inclut cependant la deuxième étape de la SE 2050, celle qui concerne l’introduction de taxes d’incitation, mais qui a été mal reçue en consultation et est actuellement en panne devant la Commission de l’énergie du Conseil national. Pour atteindre ses 200 milliards, l’UDC a repris les chiffres de l’Association des électriciens suisses (AES) sur le coût des nouvelles installations de production et du raccordement des sites de production de courant renouvelable décentralisés. Puis le comité référendaire a ajouté les coûts estimés de la deuxième étape de la réforme écologique.

Deuxième étape controversée

Mise en route à l’initiative d’Eveline Widmer-Schlumpf, cette seconde étape basée sur la fiscalité incitative comprend différents scénarios. Pour ses calculs, le comité référendaire a systématiquement retenu la variante la plus lourde: la taxe CO2 sur les combustibles grimperait de 22 centimes par litre à 89 centimes, une taxe sur l’électricité de 3 ct./kWh s’ajouterait à celle qui existe déjà pour financer les énergies renouvelables – de 1,5 ct/kWh, celle-ci passera à 2,3 ct/kWh avec la SE 2050 –, le litre d’essence renchérirait de 26 centimes par litre.

Mais il existe d’autres variantes, moins intrusives. Mal reçue en consultation, cette seconde étape est actuellement en panne devant la Commission de l’énergie du Conseil national. Elle a été jugée si floue que la commission a décidé d’en suspendre le traitement en avril, dans l’attente d’informations complémentaires. Rien ne dit qu’elle se réalisera.

Mais le référendum ne porte pas sur cette éventuelle seconde étape. Elle ne concerne que la SE 2050 telle qu’elle a été adoptée par le parlement la semaine dernière. Ceux qui, au PS ou chez les Vert’libéraux, soutiennent le projet ne sont pas forcément mécontents que le peuple ait l’occasion de s’exprimer.

La présence de Christoph Blocher au sein du comité référendaire laisse entendre qu’il participera financièrement à la campagne. «Peut-être que je paierai quelque chose», lâche-t-il laconiquement en n’hésitant pas à comparer ce combat à celui qu’il avait mené avec succès en 1992 contre l’Espace économique européen. «Nous gagnerons», affirme-t-il. Verdict en 2017.

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