Un sondage officieux, sur les intentions de vote pour l'initiative sur le quota d'étrangers à 18%, donnerait le oui en tête dans le canton du Valais. En l'absence de chiffres concrets à ce sujet, il est possible de croire qu'il s'agit d'une manœuvre visant à motiver davantage les opposants dans un canton où pour l'instant le débat public à ce sujet est quasi inexistant. Les objets énergétiques monopolisant l'essentiel des forces politiques.

Pourtant tout le monde sait bien en Valais que l'économie cantonale ne saurait se passer de la main-d'œuvre étrangère, peu qualifiée, dans l'hôtellerie, la métallurgie, le bâtiment, l'agriculture ou encore la santé. Les milieux économiques ne font pas mystère qu'ils sont totalement opposés à l'initiative. A commencer par l'Association hôtelière. Son directeur, Eric Biselx, constate que «ces dernières années, à cause de la crise, il n'y a pas eu de réels problèmes de recrutement. Mais maintenant que l'économie redémarre, ce n'est pas le moment de restreindre une main-d'œuvre dont notre secteur a forcément besoin faute de gens, en Suisse, qui veulent occuper ces postes.» Pierre-Noël Julen, de l'Union des Arts et Métiers, n'en pense pas moins: «Nous proposons le rejet, pour des raisons économiques évidentes.»

A la lecture des statistiques, le Valais a subi un important dégraissage de main-d'œuvre étrangère durant les années de crise. Le nombre de travailleurs étrangers a fondu comme neige au soleil durant la dernière décennie. De quelque 35 000 en 1993, le canton est passé à 25 000 aujourd'hui. Ce sont les saisonniers qui ont contribué pour la plupart à cette baisse. Sur le plan de la population résidente, durant la même période, la proportion entre confédérés et étrangers est restée stable. Le Valais compte aujourd'hui 46 000 étrangers pour une population de 275 000 habitants. Soit 16,7%. Le canton aurait donc encore théoriquement de la marge.

Un vote «honteux»

Sur la scène politique, les partis prendront position ces prochains jours. Ce n'est pas du côté des socialistes ou des radicaux qu'il faudra aller chercher des partisans. Le secrétaire du PS, Joël Delacrétaz, se demande même si cette initiative n'est pas anticonstitutionnelle et contraire à la loi contre le racisme: «Je trouve honteux que l'on ait à se prononcer sur un tel sujet, qui ne fait que provoquer ou entretenir la xénophobie chez les gens.» Le vice-président du PRD, Léonard Bender, précise quant à lui que «c'est un sujet qui ne fait pas l'ombre d'un pli pour nous». «Ce sera très probablement l'unanimité contre.»

Dans les rangs du parti majoritaire démocrate-chrétien, les instances dirigeantes militent en faveur d'un rejet de l'initiative. Mais comme le précise la secrétaire, Romaine Mudry, «le conseil de parti doit encore se réunir et il comporte quelques irréductibles qui feront que la discussion promet d'être serrée». Enfin, la nouvelle Union démocratique du centre (UDC) valaisanne n'a pas encore pris position, mais son président s'est publiquement déclaré contre.

Une attitude paradoxale

Cela dit, un comité contre l'initiative est en train de se mettre en place. C'est l'ancien secrétaire du Parti radical, Adolphe Ribordy, qui réunit les troupes, composées de politiciens et d'associations à vocation sociale ou économique. S'il ne s'affole pas trop sur les rumeurs de sondages venant d'ailleurs, il estime tout de même qu'il «ne faut pas prendre les choses à la légère. Le canton a parfois des réflexes imprévisibles lorsqu'il s'agit des étrangers. Le fait qu'il n'y ait pas de partisans formellement constitués peut aussi être trompeur.»

Le Valais a souvent eu dans l'urne une attitude paradoxale lors des votations sur les étrangers. Ils sont bien acceptés quand il s'agit de leur vendre des immeubles. En 1995, le canton avait voté à 67% la nouvelle loi visant à abolir la lex Friedrich (elle avait échoué en Suisse). Mais une année avant, il avait voté contre la naturalisation facilitée pour les jeunes étrangers. Actuellement, aucune tension particulière n'a été ressentie avec les étrangers qui justifierait un oui à l'initiative. Mais qui sait.