Lorsqu'elles auront réélu les sept conseillers fédéraux, en décembre 2007, les Chambres fédérales auront à désigner le président et le vice-président de la Confédération pour 2008 et 2009. Si le Conseil fédéral est reconduit dans sa composition actuelle, Pascal Couchepin devrait présider la Confédération en 2008 et Christoph Blocher en 2009.

La désignation des candidats à la présidence et à la vice-présidence est organisée selon un tournus basé sur la règle d'ancienneté, qui date de la fin du XIXe siècle. Hormis un incident en 1918, où le Bernois Eduard Müller élu à la vice-présidence en 1917, qui passait pour un ami de l'Allemagne, renonça à briguer la présidence pour 1919, au profit du Genevois Gustave Ador, la règle de l'ancienneté n'a jamais été remise en cause. Elle pourrait l'être en 2007.

Les instances dirigeantes de l'UDC vont prochainement formaliser un chantage qui n'était encore qu'implicite, menacer d'une fuite du parti dans l'opposition si Christoph Blocher devait ne pas être réélu au Conseil fédéral en décembre 2007. A peine connus les résultats de l'analyse Vox attestant du rôle joué par le ministre de la Justice dans les succès des votations sur l'asile et sur les étrangers, l'UDC a par ailleurs annoncé sa décision d'organiser la campagne pour les élections fédérales d'octobre 2007 autour de la personnalité de Christoph Blocher. Cette sorte de dérive vers une démocratie plébiscitaire ne va pas manquer de soulever, dans les mois à venir, plusieurs questions. Elle devrait notamment redonner une actualité nouvelle à l'idée d'élire le Conseil fédéral sur un bulletin de liste. Elle devrait également conduire les parlementaires à s'interroger sur l'opportunité d'élire Christoph Blocher à la présidence de la Confédération.

Les intentions ouvertement manifestées ces derniers jours par l'UDC ne peuvent manquer de conforter l'appréciation de tous ceux qui voient dans l'attitude de Christoph Blocher au Conseil fédéral le comportement d'un chef de bande. Le parcours effectué à ce jour par le tribun zurichois, riche de nombreux dérapages, n'est pas sans donner matière à ce genre d'appréciation. La liaison entre le dernier en date de ces dérapages, à Ankara, et la campagne entamée par son parti pour une abolition de l'article 261bis du Code pénal atteste d'une forme de confusion entre l'agenda du parti et celui du ministre de la Justice, y compris lorsque ce dernier représente la Suisse à l'étranger. Le fait que l'UDC reprenne aujourd'hui, dans des placards publicitaires, des accusations du ministre de la Justice qui lui avaient valu, à un mot près, d'être condamné par la Commission de gestion montre où peut mener ce genre de dynamique.

Même s'il n'est qu'un primus inter pares, le président de la Confédération assume des tâches de représentation, d'organisation et de médiation qui lui confèrent une visibilité et une responsabilité particulières. Comment Christoph Blocher pourrait-il les assumer s'il était élu à ce poste en 2009, voire en 2008 au cas où Pascal Couchepin mettait un terme à sa carrière gouvernementale à la fin de la présente législature? Si modeste soit-elle en comparaison internationale, la stature présidentielle ne conférerait-elle pas un écho démultiplié à ses dérapages?

Il n'y a guère de souci à ce faire à propos du volet organisationnel de l'activité présidentielle. Bon organisateur à la tête de son Département de justice et police, Christoph Blocher ne devrait pas moins l'être à la présidence. Politiquement, l'élection du tribun zurichois à la présidence paraît d'ores et déjà problématique. Il faut imaginer Christoph Blocher en train de présenter ses vœux au pays, de représenter la Confédération à l'étranger, de se prononcer - ou de se taire - à propos d'un évènement particulièrement critique sur le plan international, ou encore d'apaiser un malaise au sein du collège gouvernemental. Il n'y a pas la moindre raison de penser que l'exercice de la présidence le transformerait en sage, le ferait renoncer à ses réflexes partisans et le pousserait à se hisser au-dessus de la mêlée. On peut au contraire conjecturer qu'il tirerait parti d'une position un peu plus éminente pour transgresser encore plus les codes de comportement admis par ses collègues et que son parti nourrirait en ce sens des attentes encore accrues.

Tout à fait concrètement, une présidence de Christoph Blocher devrait coïncider avec le moment où le Conseil fédéral pourrait enregistrer plusieurs départs et quelques changements à la tête de plusieurs départements. Les autres partis auront-ils intérêt à ce que l'actuel ministre de la Justice, qui convoite ouvertement le département de Moritz Leuenberger, dirige peu ou prou la manœuvre? Les projets de réforme du gouvernement portent par ailleurs sur un renforcement, dans ses prérogatives et dans sa durée, de la présidence. L'idée, même toute théorique, d'un Blocher président pour deux ou quatre ans ne va pas faciliter la réflexion.