La campagne, puisque c'en est une, est ouverte. Alors que le Grand Conseil vaudois sera saisi du projet de rapprochement des Universités de Lausanne et Genève et de l'Ecole polytechnique fédérale (EPFL) en octobre, le «Comité de soutien pour le maintien de la section de pharmacie à Lausanne» a détaillé son argumentaire jeudi. Dans ce projet «triangulaire», l'Université de Lausanne cédera ses sections de mathématiques, physique et chimie à l'EPF voisine, tandis que l'Ecole romande de pharmacie, basée à Lausanne et Genève, sera transférée intégralement au bout du lac.

La question de la pharmacie sera sans doute l'épine dans le pied des promoteurs. Car du côté genevois, contrairement à ce que l'on avait observé à l'époque du Rhuso, rejeté en juin 1998, les avis semblent plutôt favorables. En revanche, les pharmaciens de Dorigny dénoncent l'«illogique» transfert prévu pour ce secteur. Leur comité de soutien est constitué de professeurs, d'assistants, de quelques députés ainsi que de praticiens épaulés par la Société vaudoise de pharmacie (SVP) et le Centre patronal vaudois. Leur argumentaire est axé sur le bâtiment de pharmacie, construit sur le campus lausannois en 1991 pour près de 40 millions de francs, qui serait dévolu à un centre de recherche en génétique. Réaffecter une bâtisse construite sur mesure pour cette discipline relève du «gaspillage», lance Christa Calpini, vice-présidente de la SVP. «On a trompé les députés», ajoute le directeur de la section, Kurt Hostettmann, qui avait démissionné de la présidence de l'Ecole romande à l'annonce du projet. La transformation du bâtiment coûtera quelque 5 millions de francs: à Genève, il faudra encore débourser 4 millions pour aménager Science 2 afin d'accueillir les Lausannois. «On va à l'inverse de la tendance, qui est à la réduction des coûts», estime le conseiller national radical René Vaudroz. «Une décision administrative et arbitraire», insiste son collègue de parti Alain Parisod, député au Grand Conseil. Ces résistants se défendent de s'accrocher à leur bout de gras vaudois en insistant sur le fait que la Suisse romande disposant enfin de locaux adéquats, elle devrait en profiter plutôt que les «sacrifier». Il reste en Suisse quatre voies d'études en pharmacie, à Zurich et Bâle ainsi qu'au sein du tandem Lausanne-Genève, où l'on se partage les domaines de recherche. La filière de Berne a été fermée en 1996 – il y reste deux années d'introduction –, et à l'époque, il avait été stipulé que Lausanne et Zurich suffiraient. Actuellement, le site lausannois compte davantage d'étudiants que la section genevoise: en 1998, selon les statistiques officielles, respectivement 240 et 158. Les rectorats, injoignables jeudi, auront à expliquer ces prochains mois pourquoi ils veulent concentrer la pharmacie là où elle compte moins d'étudiants.

Sur le plan parlementaire vaudois, l'initiative de ce comité de soutien paraît peu assurée. Nul besoin d'être docteur en sciences politiques pour supposer que les socialistes devraient faire bloc derrière leur conseillère d'Etat, tandis que les libéraux devraient soutenir leur collègue Jean-Marc Rapp, le recteur lausannois. Les radicaux se prononceront après étude en commission. Les pharmaciens annoncent toutefois quelques soutiens épars d'un bord à l'autre de l'hémicycle. La menace d'un référendum, déjà brandie par la SVP, pèse davantage: lorsqu'il s'était agi de contrer la vente de médicaments par correspondance, par exemple, les pharmaciens avaient prouvé leur capacité à récolter des signatures dans leurs officines.