Un petit homme sandwich, coiffé d'un chapeau et portant un grand mégaphone vert, a animé la gare de Genève hier toute la journée. Publicité pour les CFF? Pas officiellement, quoique. Il s'agit en réalité du tournage du dernier clip de Phil Collins, et le petit homme sandwich, c'était lui. Le scénario est assez simple, le chanteur, portant l'inscription «Wake Up» sur le ventre et «Open your eyes» dans le dos, se balade dans les couloirs et sur les quais, utilisant un porte-voix pour réveiller badauds et voyageurs à grands coups de refrains. «Wake Up Call», tiré du dernier album de la star, «Testify», sorti en novembre dernier, est en effet un appel au mouvement et à la réalisation des rêves personnels. Mais pourquoi dans une gare? «Le clip met en scène un personnage obsédé par les trains, qui possède des maquettes chez lui et passe beaucoup de temps à jouer avec, jusqu'à ce qu'il décide de se rendre dans une gare et de faire bouger ses concitoyens», explique Paul Flattery, producteur du clip.

Figurants et opportunistes

Va pour la gare, mais pourquoi justement celle de Cornavin, que la plupart des Genevois trouvent tellement triste et laide? «J'aurais pu le faire à Lausanne également mais c'était plus pratique à Genève. J'ai déjà participé au tournage d'un clip de Bone Thugs'n Harmony ici en décembre (le groupe de rap a repris une chanson de Phil Collins, ndlr) et tout s'était très bien passé», explique le principal intéressé, qui habite dans le canton de Vaud, rajoutant qu'il trouve l'endroit «joli» et les gens «sympathiques». Le producteur, lui, souligne la composition des lignes et se réjouit d'avance d'en faire usage en images. «Les Américains ont l'œil, ils feront de cette gare quelque chose d'extrêmement esthétique», note Francine Lusser, régisseur général.

Pour l'heure, Phil Collins hurle dans son mégaphone au milieu d'une foule quelque peu distraite, pressée et désincarnée, un peu comme toutes les foules du monde. Une soixantaine de figurants ont été triés sur le volet par l'agence Casting Service de Vevey pour remplir ce rôle, mais quelques passants opportunistes réussissent à se fondre dans la masse. Ceux-là pourront dire «J'y étais», images à l'appui. Les autres se pressent autour du chanteur anglais dès que les caméras arrêtent de tourner pour demander des autographes. «Il y a eu une ruée sur les albums de Phil Collins ce matin, les gens n'arrêtaient pas de venir en acheter pour les faire dédicacer ensuite», se réjouit un vendeur de CityDisc, magasin judicieusement situé à l'intérieur de la gare.

Le clip, tourné grâce à l'aide technique de Louise Production, société basée à Vevey et spécialisée dans la réalisation de films étrangers, doit être livré le 5 février. Il sera diffusé dans les semaines suivantes. S'il est peu probable que le nom de Cornavin y figure en lettres d'or, ni même que la gare soit très reconnaissable, elle aura été l'espace d'un jour au moins baignée de lumière… En attendant une rénovation digne de ce nom promise par les CFF pour 2007.