Lausanne

Philip Morris renonce à un projet contesté

Le cigarettier américain prévoyait d'ouvrir un centre dédié à l'un de ses nouveaux produits au centre de Lausanne. Les problèmes juridiques et sanitaires ont toutefois fini par avoir raison du projet

Annoncée pour 2017, puis pour 2018, l’ouverture d’un vaste espace Philip Morris International (PMI) au centre-ville de Lausanne n’aura pour finir jamais lieu. Le cigarettier a communiqué ce mardi qu’il «libérait les locaux» destinés à accueillir trois étages promotionnels dans le quartier du Flon pour son nouveau produit phare, l’IQOS (I Quit Ordinary Smoking). Le système de mini-cigarettes à insérer dans un appareil qui «chauffe» le tabac était au cœur d’une polémique autour de l’innocuité annoncée de ses émissions et faisait l’objet d’une procédure juridique au tribunal cantonal.

«Une très bonne nouvelle»

Cheffe du Département cantonal de la santé publique, Stéfanie Monod se réjouit de cette annonce, qui représente «une très bonne nouvelle en termes de santé publique». Sa joie est partagée par Karine Zürcher, responsable du Centre d’information pour la prévention du tabagisme vaudois: «Il y avait beaucoup à craindre de cette immense vitrine dans un quartier branché comme le Flon. C’est un produit dont on ignore l’effet sur la santé et dont on craint que le bénéfice en termes de réduction des risques ne soit pas aussi grand que ce qui est annoncé par PMI.»

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C’est le cœur de la question. Vendu comme «potentiellement moins nocif pour la santé que des cigarettes combustibles», le produit n’a jamais réussi à convaincre les autorités qui doutaient que ses rejets soient inoffensifs. Face à une demande de permis de construire sans fumoir, la Ville de Lausanne avait suivi l’avis du canton. Interpellé sur ce sujet au parlement, celui-ci s’est prononcé par précaution contre la consommation de l’IQOS à l’intérieur en vertu de la loi sur la fumée passive. Le cigarettier, qui espérait vraisemblablement une conclusion différente, avait fait recours au tribunal cantonal en mars 2017. La procédure était toujours pendante.


Une étude parue en mai de la même année, dirigée par l’Institut romand de santé au travail, a par la suite mis en évidence que le produit émettait bien des composants dangereux. «Le résultat est sûrement moins nocif qu’une cigarette mais je ne vois aucune raison de l’autoriser en espace fermé pour autant», déclarait le directeur de l’étude, Reto Auer, au Temps la semaine dernière.

Trop de succès pour ouvrir

Dans un communiqué quelque peu alambiqué, la multinationale américaine explique sa décision d’abandon par le «succès que connaît ce produit dans la capitale vaudoise et son agglomération, où la part de marché d’IQOS est déjà plus de quatre fois supérieure à la moyenne nationale». Dans ce contexte, indique le cigarettier, un espace commercial unique de 900 mètres carrés «n’est plus pertinent à Lausanne». Les raisons sont «strictement commerciales», précise Julian Pidoux, porte-parole de PMI.

Municipal chargé de l’Economie, Pierre-Antoine Hildbrand déclare quant à lui «prendre acte de cette décision», mais la «regretter». La multinationale américaine, qui engage actuellement des milliards afin de donner une image plus saine de la compagnie, avait annoncé pour près d’un million d’investissement dans le projet lausannois.

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